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A lire pour avoir les idées claires. Article publié aujourd’hui dans JDD.
Je suis fier de compter Guilad Sher parmi mes amis.
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A lire et à méditer!

REGARDS CROISÉS

DES « MÉDIAS » JUIFS DE LA HAINE ET DU REPLI

Mercredi 8 Février 2017 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°855
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Après avoir partagé sur sa page Facebook une caricature de Michel Kichka suggérant une responsabilité du gouvernement Netanyahou dans l’isolement diplomatique d’Israël, le rabbin Delphine Horvilleur a fait l’objet d’insultes et de commentaires haineux l’accusant de traitrise. Alain Granat, journaliste et fondateur de Jewpop, analyse avec elle ce climat de haine et de suspicion qui plane sur les communautés juives francophones.

Comment expliquez-vous qu’un simple post Facebook relayant le dessin d’un caricaturiste belgo-israélien suscite tant de réactions haineuses ?

Delphine Horvilleur Le problème dépasse le cadre du jugement de la politique du gouvernement israélien. Aujourd’hui, certains ne veulent plus laisser de l’espace aux voix alternatives au sein de la communauté juive. Quiconque ne partage pas la « doxa » de la communauté juive et s’exprime publiquement est alors virulemment attaqué. Nous sommes face à une parfaite illustration du communautarisme. Au départ, il s’agissait de dire que personne hors du groupe n’est fréquentable. Ce qui crée une terrible suspicion d’antisémitisme envers l’Autre. Aujourd’hui, ce communautarisme se retourne aussi au sein même du groupe contre tous ceux qui ont une parole critique et d’ouverture à l’Autre et qui deviennent à leur tour également infréquentables. Les arguments sont toujours les mêmes : nous nourrissons l’antisémitisme, nous renforçons la parole antisioniste, nous devons laver notre linge sale en famille, etc. Cela se décline de différentes manières et j’en ai fait les frais en partageant ce dessin de Michel Kichka caricaturant Netanyahou et l’isolement diplomatique d’Israël. Ce simple partage a suscité des centaines de commentaires très virulents, allant jusqu’à m’accuser de traitrise et de copinage avec les ennemis d’Israël. A ces attaques haineuses se sont ajoutés des insultes misogynes (« retourne à tes casseroles », « ta place est à la cuisine »).

Alain Granat Delphine Horvilleur a le profil idéal pour déchaîner les passions des gens qui ont réagi virulemment contre elle sur Facebook. C’est une femme, un rabbin, libéral de surcroît. Elle fait également partie des personnalités médiatiques du monde juif francophone très engagées sur des problématiques non consensuelles. Ce qui m’a interpellé dans les réactions virulentes à son égard réside non pas dans l’hostilité au message que Delphine Horvilleur faisait passer, mais dans leur caractère graveleux, sexiste, et dans cette manière de qualifier de « traître » tout Juif qui a le tort de se prononcer sur une question qui prête à débats. Ce qui peut faire rire en Israël est très mal vu par une majorité de la communauté juive francophone, pour qui toute critique de la politique du gouvernement israélien actuel relève de la trahison et de l’antisémitisme. Comme s’il était impossible d’avoir un débat serein sur toutes ces questions polémiques. C’est pourquoi nous avons décidé de revenir sur ce cas particulier mais représentatif sur Jewpop.

Est-ce un phénomène nouveau ?

A.G. Ce phénomène n’est pas neuf, mais il s’est amplifié sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années. On assiste à une radicalisation et à une droitisation d’une frange de la communauté juive, même s’il s’agit d’une tendance lourde qu’on retrouve partout. On a ainsi pu le voir avec le Brexit en Grande-Bretagne, l’élection de Trump aux Etats-Unis et l’inexistence médiatique et politique de la gauche israélienne. Il est intéressant d’observer que ceux qui passent leur temps à se déchaîner sur Facebook pour attaquer ou stigmatiser des personnalités juives progressistes sont surtout des seniors de plus de 50 ans. Non seulement les jeunes ont déserté Facebook pour se rabattre sur d’autres réseaux sociaux comme Instagram, Snapchat et Twitter, mais ils se fichent de tous ces débats qui ne les concernent pas.

Pensez-vous que ce climat haineux soit entretenu par des médias juifs ?

A.G. Oui, mais il faut encore se mettre d’accord sur la définition d’un média. Quand il s’agit de s’informer sur Israël, les sources d’une grande partie du monde juif francophone ne sont pas les journaux ni les magazines de la presse généraliste israélienne diffusée en anglais ou en hébreu, mais les « médias » juifs francophones. J’utilise des guillemets, car ce sont en réalité des blogs ou des sites internet d’opinion gérés par une personne et non pas des organes de presse. Les informations ne sont pas du tout sourcées et les animateurs de ces sites ne sont pas journalistes. A cet égard, l’affaire de la condamnation du soldat israélien ayant abattu un terroriste palestinien illustre parfaitement le problème posé par ces sites et ces blogs. Un groupe israélien d’extrême droite a diffusé un hoax(intox) selon lequel une des juges du tribunal militaire aurait une sœur convertie à l’islam militant en faveur des Palestiniens. Cette intox a été reprise par tous des sites juifs francophones pour exacerber la colère et la haine de leurs lecteurs. Cela a été ensuite massivement partagé sur Facebook, même si certains ont retiré cette fausse info de leur site internet sans la moindre explication quant à son caractère mensonger. Ce phénomène de désinformation est massif. Dès lors que ces sites internet sont majoritairement lus par la communauté juive francophone, il ne faut pas s’étonner qu’elle se radicalise et soit amenée à considérer comme traitre celui ou celle qui ne partage pas ses idées sur Israël et d’autres questions très sensibles qui agitent le monde juif.

Les dirigeants communautaires ont-ils une responsabilité dans cette « hystérisation » du débat au sein de la communauté juive ?

A.G. Sans verser dans la généralisation, il faut reconnaître que certains dirigeants communautaires se font les relais de ces sites d’opinion extrémistes. C’est un problème qui ne se pose pas uniquement lorsqu’il est question d’Israël et du conflit israélo-palestinien. Cela touche aussi les rapports avec les musulmans en Europe. C’est la raison pour laquelle ces sites et ces blogs suscitent de nombreux commentaires racistes. Et lorsque des responsables politiques israéliens viennent alimenter ces discussions en qualifiant notamment de « procès Dreyfus » une Conférence internationale sur la Paix au Proche-Orient organisée par la France, il ne faut pas s’étonner que les commentaires haineux augmentent considérablement.

Ce phénomène illustre-t-il un repli communautaire des Juifs ?

D.H. Comme il existe une défiance importante des Juifs francophones envers les médias généralistes et traditionnels, les blogs des uns et des autres sont devenus la source exclusive de leur information. Ce repli et ce divorce avec la nation les entraine même à divorcer de la vérité et des valeurs démocratiques et juives. En tant que rabbin, ces valeurs sont importantes pour nous d’un point de vue religieux. Si nous, Juifs, nous ne pouvons enseigner l’importance de l’amour du prochain, nous trahissons notre tradition religieuse. Tous ceux qui accusent untel ou untel de traitrise sont précisément ceux qui trahissent la richesse de notre histoire et notre culture.

A.G. On est certes face à un repli, mais il ne touche pas toute la communauté juive. Heureusement, les jeunes sont très peu présents dans ce type de débats. Ce qui est en réalité la bonne nouvelle. Non seulement ces excités des réseaux sociaux sont plutôt âgés, mais ils ne sont pas nombreux. Quand une manifestation contre la Conférence de Paris sur la Paix au Proche-Orient a été organisée aux abords de l’ambassade d’Israël, il n’y avait qu’un millier de personnes dont une immense majorité de seniors ! C’est symptomatique du désintérêt des jeunes pour ce type de militantisme et de positionnement idéologique. Beaucoup de jeunes Juifs se soucient peu de ce type de débats ou ne veulent pas se mêler à ces événements organisés par des institutions communautaires dans lesquelles ils ne se reconnaissent absolument pas.

Cela signifie-t-il qu’on se situe dans une remise en cause des valeurs juives ?

D.H. Oui. Ceux qui m’ont attaquée répètent inlassablement qu’il faut laver son linge sale en famille, soutenir inconditionnellement le gouvernement israélien et ne jamais le critiquer publiquement. Cette façon de penser va à l’encontre même de ce qu’il y a de plus cher dans notre tradition : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce principe du Lévitique n’est pas énoncé de cette manière. Le verset complet dit : « Tu seras capable d’adresser des reproches à ton prochain pour ne pas porter sa faute. Et alors, tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce qui est beaucoup plus fort et qui nous rapproche de la problématique qui nous préoccupe. L’amour du prochain n’est donc pas inconditionnel dans la tradition juive. Il est conditionné par la possibilité de lui adresser des reproches quand il commet une faute. Ce message est important et il faut impérativement le rappeler à l’intérieur même de la communauté juive. Les tenants du soutien inconditionnel qui mettent chaque fois en avant l’argument de la solidarité communautaire feraient bien de comprendre que l’amour des siens, que ce soit Israël ou les Juifs, dépend de la capacité d’autocritique au sein même de notre communauté. Comme sionistes, nous devons mettre en avant un élément essentiel : la critique du gouvernement actuel participe de notre sionisme et de notre attachement à Israël. C’est même au nom de cet engagement sioniste que je formule cette critique. Face à la dérive nationaliste et fanatique qui emporte une partie de la communauté juive, il va falloir rétablir la nécessité du désaccord et réhabiliter la valeur morale et religieuse de la mahloket (discussion contradictoire) et de la critique, dont nous, Juifs, sommes en principe les champions.

Alain Granatest journaliste et directeur de la publication de Jewpop, le site internet d’humour et politiquement incorrect consacré à la culture juive contemporaine. En 2015, il a publié avec Jonathan Demayo un essai humoristique sur l’identité juive : Comment savoir si vous êtes juif (éd. J’ai Lu).

Rabbin du Mouvement juif libéral de France, Delphine Horvilleur est également journaliste et directrice de la rédaction du magazine Tenou’a. Elle a publié en 2015Comment les rabbins font les enfants (éd. Grasset), une réflexion sur la transmission et l’identité dans laquelle elle montre que la tradition juive ne se renouvelle qu’en étant bousculée et nourrie par sa rencontre avec l’Autre.

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Le CCLJ qui s’y connait en colombes, a invité Samy Cohen à venir présenter son enquête sur le Camp de la Paix en Israel (Samy Cohen, Israël et ses colombes. Enquête sur le camp de la paix, Gallimard), ce camp aujourd’hui minoritaire et auquel j’appartiens.
Voici deux liens et le dessin de couverture que j’ai réalisé pour Regards, le mensuel du CCLJ.
http://www.cclj.be/node/9880
http://www.cclj.be/actu/israel/samy-cohen-israel-aime-plus-pacifistes

 

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Lettre ouverte à Mark Zuckerberg à propos de la « petite fille au napalm ».

Mon cher Mark,

Je vous écris à propos de la photo censurée de « la fillette au naplam » prise il y a 44 ans par Nick Ut pendant la guerre du Vietnam. Une photo devenue iconique et mondialement célèbre. Une photo qui raconte l’horreur de la guerre, de toutes les guerres, et leur violence aveugle. Cette photo raconte la vérité nue et crue de la souffrance des populations civiles innocentes dans les conflits, et surtout des enfants, symbole de l’innocence. Elle raconte la démesure des moyens de destruction utilisés. Elle raconte l’horreur.

Cette photo vient d’être au centre d’un bras de fer musclé entre votre réseau « social » et le rédacteur en chef du quotidien norvégien Aftenposten, puis entre vous et la Première Ministre norvégienne Erna Solberg.

La raison évoquée pour justifier cette censure est la « nudité » qui y figure. J’ignore si vos censeurs sont des personnes physiques ou des algorithmes, mais dans un cas comme dans l’autre il faut être complètement malade pour voir de la nudité en tant que telle dans cette photo, ou de la pornographie ou de la pédophilie.

Une de vos porte-paroles à déclaré:  » Si nous reconnaissons que cette photo est iconique, il est difficile de faire une distinction et d’autoriser la photo d’un enfant nu dans un cas et pas dans d’autres. »

Avec de tels arguments, de tels porte-paroles, de tels algorithmes et un tel diktat du réseau que vous avez créé, on va vers un monde sans âme et sans états d’âme. Un monde qu’Aldous Huxley a pressenti et décrit, longtemps avant tout le monde.

Mon cher Mark, je pense qu’il est grand temps d’engager un intellectuel ou un philosophe aux côtés de vos garnisons de high-techistes boutonneux, d’algorithmistes performants, de mathématiciens surdoués, d’économistes aguerris et d’ingénieurs surdiplomés, enfermés dans leur open space climatisé et coupés de la réalité, avant qu’ils ne rhabillent Adam et Eve ou ne censurent les photos des cadavres dénudés de Dachau.

S’il est une personne qui rit à en pleurer en ce moment, c’est la « petite fille » de la photo, mère de deux enfants, qui vit aujourd’hui à Toronto et qui tient à ce que cette photo reste bien visible, qu’elle serve de témoignage et peut-être aussi de leçon.

Facebook mérite aujourd’hui un énorme « dislike« !

Pour en savoir plus, lire ce lien: http://zigzags.blogs.lindependant.com/la-petite-fille-au-napalm-a-40-ans-decryptage-d-une-image-qu.html

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Vous avez tout le dimanche pour lire et relire ce texte succulent de Sfar!

«Sfar, c’est arabe?»
Il y a très peu de Sfar de religion juive. La plupart des gens qui portent mon patronyme sont musulmans et viennent de Tunisie. Pour cette raison sans doute, et aussi par la forme de mon visage (olivâtre, pas franc, nez busqué, bouche lippue ), mes chauffeurs de taxi croient presque systématiquement que je suis musulman. Depuis vingt ans.
Parfois, lâchement, je laisse croire que je suis musulman, ou je ne précise pas.
Lorsque mon chauffeur est sympathique et ouvert, j’ose raconter que je suis juif. Je précise naturellement que je suis un juif moitié berbère moitié ukrainien, né en France. Car je sais que la conversation va finir par tomber sur Israël et je suis d’ordinaire, courageux mais pas téméraire. Puis si on parle d’Israël je dis invariablement que j’ai de la famille là-bas, et que j’ai peur pour eux, mais que mes compétences ne me permettent pas de trop discuter politique.
Ce qui est certain, c’est que depuis vingt ans, lorsque le chauffeur arbore les signes extérieurs de l’embrigadement religieux, je n’insiste pas sur mes origines. Pardon, je le redis en langage intelligible : quand mon chauffeur est sympa et souriant et vêtu comme moi, c’est à dire blouson ou veste et barbe pas trop longue, je m’autorise à dire que je suis juif. Mais lorsqu’il s’agit d’un chauffeur avec longue barbe, sourcils froncés, calot blanc et stigmates bleus sur le front, je préfère passer pour un musulman comme les autres. Pour voyager sans polémique inutile. Sauf hier.
Et hier je me suis aperçu que j’ai eu tort, pendant vingt ans, de fermer ma gueule.
Hier le chauffeur avait toute la panoplie du religieux : un vêtement blanc, une très longue barbe, et une dégaine vraiment pas commode. Et au bout de deux minutes il m’a expliqué que l’attaque du commissariat du 18e était un coup du Mossad. Et avant que je déglutisse il me racontait également que le Bataclan avait été fomenté par Manuel Valls qui est téléguidé par Israël. Parce que le gouvernement français est gangréné par Israël. Et que c’est un stratagème pour créer un état fort afin de…
– Afin de quoi?
Merde. Là, il s’est demandé si j’étais un bon Sfar ou pas. J’ai pensé à mon ami Nouri Jarjir qui me dit qu’il ne faut jamais laisser passer une connerie. Nouri et moi sommes de la même obédience : celle qui n’a jamais sur faire la différence entre un juif et un arabe. Celle qui pense qu’on a le droit de défendre la Palestine même quand on est juif. Celle qui pense que ça n’est pas parce qu’on est musulman qu’on doit cautionner des meurtres au couteau. Nouri me dit qu’il entend des conneries nuit et jour, dans les deux camps, dans TOUS les camps, provenant de personnes mal informées ou embrigadées. Et Nouri me dit qu’étant donnée la situation, lui, il ne laisse jamais rien passer. Alors dans un œcuménisme digne des films les plus larmoyants de mon (autre) ami Alexandre Arcady, je me dis que si Nouri prend des risques, je dois en prendre aussi.
Je fais un grand sourire, et je demande à mon chauffeur si vraiment il croit un mot de ce qu’il vient de dire. Et là il se produit une chose extraordinaire. Au lieu de développer, il saute du coq à l’âne dans un phénoménal salto de côté façon Nadia Comanecci. Il me dit «Monsieur bien sûr je comprends pas les fous qui font le Jihad, mais parfois, quand je vois certains films, les israéliens, j’ai envie de prendre les armes et de tous les tuer».
– Quels films?
– Plein.
– Je ne les ai pas vus.
– Plein. Sur l’ordinateur. Hier encore. Vous avez pas vu? Il y a un palestinien, il est déjà blessé, il est attaché dans une pièce, et les juifs, pardon, les israéliens, ils rentrent à six dans une pièce avec des rangers et ils commencent à lui taper sur la tête avec leurs rangers. Sur la tête vous comprenez. Et ils arrêtent pas de taper tant que le type il est pas mort.
– Monsieur.
– Quoi?
– Votre film, d’où vous savez qu’il est vrai?
– Je sais pas.
–  Monsieur, je ne m’y connais pas plus que vous. Je suis juif mais je n’ai pas d’informations particulières sur Israël. Mais j’y ai des amis, de la famille. Je vois à peu près qui on envoie à l’armée en Israël. Il y a de tout. Il y a des braves gens et aussi des sales cons, comme dans toutes les armées. Il y a aussi des militaires très jeunes, et qui peuvent faire des choses parfois inexcusables. Mais je ne crois pas que le film dont vous parlez soit vrai. Et je ne crois pas non plus à un gouvernement français qui ferait intentionnellement abattre 130 jeunes français pour instaurer un état militaire afin de…je ne sais pas quoi? Afin de vider la Syrie de ses réfugiés, de les installer ici? de créer un grand Israël dans un Proche Orient vitrifié. Vous croyez ce que vous dites?
– Je sais pas. Moi je sais pas. Je répète juste ce que m’a dit un ami et lui il connaît.
– Il connaît d’où?
– Il connaît des gens.
– Vous vexez pas, mais j’y crois pas. Monsieur. Pour de vrai, vous y croyez aux conneries que vous venez de me dire? (je dis tout ça avec un grand sourire et sous le ton de la blague)
Et là un miracle se produit, mon chauffeur se met à rire. Je vous jure que c’est le plus joli rire que j’ai jamais entendu, c’est le rire de quand on se sent con. Et là il me dit une chose très juste.
– Monsieur, y a des morts partout, je me demande juste c’est qui les méchants et ce qu’il faut faire.
Et moi, face à un semblable qui se marre et qui doute, je me sens redevenir humain, et soudain je suis inspiré par une sorte d’espoir christique, je me dis que puisqu’on est tous aussi cons, on va peut être devenir amis, alors je lui réponds ce qu’il est possible de répondre dans ces cas là :
– Monsieur, imaginez que les israéliens veuillent massacrer au fusil TOUS les palestiniens. Imaginez que DEMAIN, TOUS les israéliens prennent un fusil et décident de faire un massacre, y aura combien de morts à votre avis?
Il se marre mais il ne comprend pas où je veux en venir, à vrai dire moi non plus à ce moment, mais bon, je suis ému.
– Monsieur, ça fait quelle taille Israël?
– Le Grand Israël?
– Non, celui là existe juste dans la tête d’Alain Soral et de Donald Trump. Le vrai pays du vrai monde, dominé par des juifs et qui s’appelle Israël a la taille des Alpes Maritimes. Et il est par endroit moins large que douze kilomètres. Alors même si ce pays était plein de connards sanguinaires qui fument du crack et décidaient de commettre un bain de sang, ça ne serait jamais le lieu où l’on tue le plus de musulmans sur la planète.
– Je ne comprends pas.
– Je veux vous dire que ni les israéliens ni les palestiniens n’ont le pouvoir de changer seuls leur destin. Qu’on le veuille ou non, les arabes et les juifs de là bas se sont trouvés livrés à eux mêmes à la fin de l’empire ottoman, puis à la fin du mandat anglais. Et ils démontrent depuis soixante ans leur incapacité à vivre ensemble, avec les conséquences tragiques que l’on sait. Et sans qu’aucun des pays voisin n’ait le moindre désir que ça change. Car cette situation ne changera que lorsque la région entière le souhaitera. Monsieur, mon sentiment c’est que depuis soixante ans, on a vu des pays arabes dirigés par des dictatures qui ont adoré dire que tous les problèmes du monde étaient soit de la faute d’Israël, soit du Mossad. Vous vous rappelez, il y a trois ans, quand un journal égyptien a raconté que le Mossad téléguidait des requins pour aller manger des égyptiens?
Là, il se marre.
– Ce que j’essaie de vous dire, c’est qu’on parle d’un petit pays, où c’est vraiment la merde, par manque de confiance et par manque d’espoir, et sans doute par lâcheté politique dans les deux camps, et par haîne aussi. Mais la situation israélienne suffit à vous rendre aveugle au fait que les plus grands bourreaux des musulmans aujourd’hui sont des musulmans? Vous voyez où on est, avec les chiites et les sunnites?
– Oui mais attendez, Daesh, c’est les américains !
– Que voulez-vous dire?
– Daesh, c’est pas l’Islam. Ils ont été mis là par les américains pour…
– C’est encore une info de votre copain?
– Ha ! ha ! je sais pas mais tout le monde le dit.
– Alors je vais vous dire. Je suis un peu d’accord avec vous. Mais pas comme vous le dites. Si vous me dites qu’il y a un complot américain pour instaurer un califat, je sors de ce taxi tellement c’est con. En revanche oui, l’intervention en Iraq a été de la merde. Et les américains ont tout cassé là bas et ont laissé les cadres de l’armée de Saddam Hussein dans la nature. Alors oui, si vous laissez ces types là libres de nuire avec des armes et des restes d’autorité, ils vont jamais rendre les armes, et ils vont chercher n’importe quoi pour reprendre du pouvoir. Je suis d’accord avec vous, les créateurs de DAESH n’étaient probablement pas de grands religieux à la base, ça devait être des enfants mutants du baassisme cherchant à se refaire dans une nouvelle idéologie à la mode. Oui, si vous me dites que les interventions occidentales ont précipité le merdier, je suis d’accord.
– Ah, vous voyez, on est d’accord.
– Monsieur, on ne peut pas être d’accord puisque ni vous ni moi on ne sait rien. Je suis juste un couillon dans un taxi et, ne vous vexez pas, mais vous êtes juste le couillon qui conduit le taxi.
– Ha ! Ha ! Ha ! Alors on fait quoi?
– Mais qu’est ce que vous voulez qu’on fasse? On est ici, en France, et on n’a pas davantage d’informations que les autres. Simplement, je crois pas que vous mettre en colère derrière internet, ça va amener la paix.
– Je vous jure monsieur, une fois j’en ai eu des israéliens dans mon taxi, c’était des crèmes, monsieur ! ils étaient gentils, ils parlaient arabe, ils m’ont dit «nous on veut une Palestine libre et des juifs qui sont copains»
– Je peux pas vous dire. Je suis pas israélien. Je connais quelques israéliens. Beaucoup même. Il y en a des géniaux. Et il y a aussi de vrais gros cons. Comme partout quoi. Je ne cherche pas à vous convaincre de quoi que ce soit de politique, je dis juste que vous n’imaginez pas à quel point, dans chaque coin du monde, les citoyens sont faibles et ne peuvent pas grand chose pour infléchir la politique de leur pays. Et vraiment, face à ces deux populations en Israël et en Palestine qui se haïssent parfois si fort, ou qui se craignent ; bien malin celui qui sait comment faire baisser les tensions.
– Nous, on n’a pas ces problèmes, monsieur. La vraie merde, c’est qu’avec ces attentats de merde on a plus de clients.
– Je suis désolé pour vous. Car je suis auteur de bandes dessinées. Et si les chauffeurs de taxi n’ont plus d’argent, ils vont plus pouvoir acheter des bandes dessinées à leurs enfants, et moi je vais mourir de faim.
– Ha ! Ha ! Ha ! C’est la faute aux fils de pute de Uber.
– On en parlera une autre fois car je roule aussi parfois en Uber.
Et là il était explosé… de rire. Et j’ai regretté, depuis vingt ans, de n’avoir pas discuté ouvertement avec tous mes chauffeurs de taxi.

Merci à mon ami Meir Waintrater qui m’a fait suivre l’article
islam et laicité 2015 bulle

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« Des agents de police israéliens ont abattu samedi un Palestinien qui tentait d’attaquer à l’arme blanche un policier près de la vieille ville de Jérusalem, a déclaré une porte-parole de la police. Il s’agit du 126e Palestinien tué depuis le début des attaques de ce genre, en octobre. Vingt Israéliens et un ressortissant américain ont également trouvé la mort au cours de la même période. » (Médiapart, 27/12/2015)
Ce sont les mots choisis par Médiapart pour relater un fait, devenu malheureusement fait divers depuis le début de ce qu’on appelle la troisième infifada ou « intifada des couteaux ». La première phrase du compte-rendu est objective et précise. La seconde phrase, « Il s’agit du 126e palestinien tué… » manque de justesse. Il serait plus honnête de dire le 126e Palestinien « abattu » pour être plus proche de la vérité. C’est dans la troisième phrase que le choix volontaire des mots crée une confusion pour le lecteur non averti. « Vingt Israéliens et un ressortissant américain ont également trouvé la mort » occulte le fait qu’ils ont été assassinés. Trouver la mort se dit plutôt d’une mort accidentelle. Les dessinateurs de Charlie Hebdo n’ont pas « trouvé la mort ». Les clients d’Hyper Cacher non plus, ni ceux du Bataclan. Ils ont tous été assassinés par des terroristes. Le terme « également » sème lui aussi la confusion. Ce choix voulu des mots n’est pas de l’information mais une forme pernicieuse et sophistiquée de manipulation.
Médiapart n’est pas seul à s’opposer à l’occupation des territoires par Israel. Moi aussi j’y suis opposé. Et c’est justement pour cela que je suis précis dans le choix des mots. Quand en Israel, dans une discussion, quelqu’un me dit qu’Ytzhak Rabin est mort en 1995, je prends soin de l’interrompre immédiatement et de dire « Rabin n’est pas mort! » ce qui provoque une surprise violente, et après un temps d’arrêt j’ajoute « Rabin a été assassiné! »
Intifada des couteaux

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Un très beau texte paru sur Huffington Post

L’élève qui m’a fait pleurer
Laure M, enseignante

Il s’appelle Antoine et il a neuf ans. C’est un enfant que je connais depuis qu’il est au CE1, je l’avais eu en classe parfois. Il était un peu farfelu, lunaire, timide.

Aujourd’hui il est toujours très timide mais affleurent chez lui les qualités d’un enfant « bien élevé ». D’ailleurs, lorsque sa mère est venue me voir un matin pour savoir s’il me disait bonjour en passant la porte de la classe j’ai menti pour lui: « oui oui, il dit bonjour », alors qu’en fait non, Antoine oublie souvent ou n’ose pas, ou pense à des milliards de choses à des années lumières d’un simple bonjour.

Je vous avais déjà expliqué le principe des débats philo. Généralement, les interventions d’Antoine sont rares, mais précises et d’une pertinence impressionnante.

Ces débats me permettent de découvrir certains élèves, de faire émerger certaines facettes, des choses que je n’aurais jamais pu découvrir si j’étais restée entre les marges des apprentissages formels, habituels.

Antoine fait partie de ceux-là. Brillant élève, il serait néanmoins passé inaperçu parmi mon groupe de têtes de classe si je ne lui avais pas permis cette tribune. Mais j’ai réussi à le découvrir, et il m’a dévoilé une facette très agréable et particulièrement attachante.

Le thème de la semaine dernière était « Pourquoi existe-t-il des gens racistes? »

Au fur et à mesure, petit à petit, les interventions sont de plus en plus nombreuses. Mes 25 minutes dédiées aux débats philo ne suffisent parfois plus, je dois les couper, je dois conclure alors que certains doigts sont encore en l’air. Au fil du temps ils se sont approprié l’exercice, ou alors les thèmes les intéressent de plus en plus, je ne sais pas.

Quoi qu’il en soit, mes interventions se font rares, je n’ai plus à recadrer le débat et les dialogues vont bon train, ils argumentent, s’écoutent et se répondent, c’est vraiment impressionnant.

C’est ce qui s’est passé avec ce thème qui les a particulièrement intéressés. J’ai eu plusieurs interventions de qualité.

La plupart des élèves de la classe était d’accord avec Jenny lorsqu’elle a dit qu’elle pensait que ce serait très difficile aujourd’hui de lutter contre le racisme, car étant donné qu’il existe depuis longtemps, elle avoue être plutôt pessimiste quant à une amélioration. Elle a même ajouté très justement que bien souvent, les parents racistes inculquaient ce trait de caractère à leurs enfants et que du coup forcément c’était trop difficile ensuite de faire changer les gens d’avis puisqu’ils ont été élevés comme ça. (Ça me donne une idée pour un prochain thème pour le coup…)

C’est à ce moment-là qu’Antoine a levé la main. Je lui ai indiqué avec le signe convenu qu’il pouvait intervenir. Il s’est levé et d’un ton assuré, comme quelqu’un qui aurait préparé son discours depuis longtemps dans sa tête, il a dit qu’il n’était pas d’accord avec Jenny puis a ajouté ces mots:

Moi je ne pense pas qu’on ne puisse pas arrêter le racisme. Je crois qu’il y a des moyens, je crois qu’il y a des solutions, par exemple: ce qu’on est en train de faire!

Coup de poignard au cœur, larmes dans les yeux, frissons dans le corps. Cet élève m’a tuée instantanément avec une vague d’amour et de reconnaissance de fou! Je me suis appliquée à ne plus relever les yeux de mon cahier durant les secondes suivantes, histoire de me contenir…

En plein dans le mille! Antoine, neuf ans, s’était rendu compte de l’intérêt humain et pédagogique des embryons de questions philosophiques lancées légèrement dans cette classe d’école primaire. Et par cette phrase, il m’a apporté d’un coup toute la reconnaissance qu’un professeur peut imaginer!
kichka06

Même en racontant l’anecdote peu après, les larmes sont revenues…

Chapeau.

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