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J’adore les dessins de mon collègue québecquois Coté. Toujours justes, toujours en finesse, toujours profonds, plein de tendresse et d’humour. Et le tout en restant mordant. Voici son hommage au Débarquement de Normandie. Bravo!
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Interview de mon ami Kroll sur la fin des cartoons dans le NYT.
Publié le 
dans Courrier International

Pierre Kroll : “Le métier de caricaturiste est en danger! »

Pierre Kroll est un dessinateur et caricaturiste belge. Courrier international compte parmi les journaux qui publient régulièrement ses dessins et caricatures. 

Pour le dessinateur du Soir, il est de plus en plus compliqué de publier des caricatures dans les journaux. Il craint que, de guerre lasse, comme The New York Times, les éditeurs arrêtent les frais.
La décision de la direction du New York Times de renoncer aux caricatures, à la suite de la publication d’un dessin jugé antisémite mettant en scène Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, a suscité l’émoi parmi les dessinateurs de presse. Ainsi, Pierre Kroll, du Soir, ne met pas cette mesure radicale uniquement sur le compte du fameux “politiquement correct” américain.

LE SOIR Sur la forme, que pensez-vous du dessin polémique ?

PIERRE KROLL Je ne suis pas sûr qu’il soit antisémite mais il est sans doute maladroit. Il véhicule certaines images difficiles. Mais The New York Times l’a publié : à lui de l’assumer plutôt que de décider qu’il n’en publiera jamais plus d’autres. Il y a quelques années, on m’a demandé ce que je pensais d’un tifo (une banderole) des supporters du Standard où on voyait la tête décapitée de Defour [ancien capitaine du Standard passé à Anderlecht]. J’ai répondu que je n’aimais pas, que je trouvais ça très con et très lourd. On m’a alors demandé s’il fallait interdire ce genre de choses au stade… Non ! La liberté d’expression, elle vaut aussi pour les cons – parce que si on commence à déterminer qui a le droit à la liberté d’expression, il n’y a que les proches du régime en place qui l’auront.

Pour en revenir à la polémique qui nous occupe, je ne dis évidemment pas que le confrère qui a dessiné dans The New York Times est con, mais qu’il faut souffrir de ne pas apprécier un dessin sans les interdire tous et sans mettre tous les dessinateurs au ban. On peut dire calmement son désaccord avec un dessin, comme avec n’importe quelle opinion. Et s’il va trop loin, parce qu’il est vraiment raciste ou antisémite par exemple, il tombe alors sous le coup des lois en vigueur.

Sur le fond, la caricature et la dérision passent mal de nos jours ?

C’est en tout cas ce que s’est dit The New York Times, depuis un petit temps déjà sur le marché américain et désormais pour l’édition internationale. Trop d’ennuis. On finit par avoir plus peur du peuple que des autorités. Depuis Charlie Hebdo, c’est l’État qui vient défendre la liberté d’expression… Les populistes, qui sont les personnes les plus enclines à la caricature – en Italie, Beppe Grillo, du Mouvement 5 étoiles, en est le parfait exemple : c’était carrément son métier – sont aussi souvent celles qui supportent le moins ça. Maintenant, je ne suis pas certain que ce soit Trump qui ait téléphoné au New York Times : c’est plutôt une forme “d’autocensure”. Dans ce climat, les réseaux sociaux jouent un drôle de rôle. Je ne crache pas dessus – 180 000 personnes sont abonnées à ma page Facebook et voient mon dessin après qu’il a été publié sur les supports du Soir – mais tous les jours, des tas de gens qui n’ont aucun humour me disent ce que je peux dessiner, ce que je ne peux pas dessiner, ce que j’aurais dû dessiner… C’est triste à dire, mais j’ai des lecteurs dont je me passerais bien ! D’ailleurs, quand on me demande ce qui a changé après Charlie Hebdo, je réponds que les gens s’intéressent trop à ce métier.

Votre métier est menacé ?

Oui, je crois que mon métier est menacé et qu’il pourrait même disparaître. Et je ne suis pas le seul à le penser. Quelles sont les deux fonctions d’un dessinateur dans un journal généraliste ? Un peu distraire, il ne faut pas en avoir honte. Et un peu éditorialiser. Les deux sont menacés. Les dessins d’humour sont en train de disparaître des journaux. Ça coûte de l’argent et on peut s’en passer. Et les dessinateurs éditorialistes sont sous pression. Tant qu’à prendre des risques sur le conflit israélo-palestinien, on se dit : autant laisser ça à un éditorialiste responsable, qui est plus sûr que le dessinateur de service. Et en même temps, il y a une vraie demande de la part du public : je vous ai cité le nombre de fans sur ma page Facebook.

Une mesure comme celle prise par The New York Times est-elle imaginable chez nous aussi, ou ça vous étonnerait quand même ?

Non, ça ne m’étonnerait pas. Pas par censure mais par lassitude face aux réactions trop nombreuses qui arrivent.

Propos recueillis par William Bourton
Kroll LIBERTE-EXPRESSION

Mon ami Nicolas Vadot, éditorialiste et cartooniste belge dans Le Vif-L’Express et dans L’Echo, donne son point de vue clair et direct sur ce qu’on appelle déjà communément « l’Affaire » des caricatures politiques dans le NYT.
https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/les-fous-du-roi-sont-en-train-de-perdre-la-bataille-contre-les-rois-des-fous/10135344.html

En avant première, la couverture de son nouveau recueil de dessins (parution début novembre).
Vadot

Un excellente article de mon ami Chappatte, cartoonistes internationalement acclamé.

The end of political cartoons at The New York Times

All my professional life, I have been driven by the conviction that the unique freedom of political cartooning entails a great sense of responsibility.
In 20-plus years of delivering a twice-weekly cartoon for the International Herald Tribune first, and then The New York Times, and after receiving three OPC awards in that category, I thought the case for political cartoons had been made (in a newspaper that was notoriously reluctant to the form in past history.) But something happened. In April 2019, a Netanyahu caricature from syndication reprinted in the international editions triggered widespread outrage, a Times apology and the termination of syndicated cartoons. Last week, my employers told me they’ll be ending in-house political cartoons as well by July. I’m putting down my pen, with a sigh: that’s a lot of years of work undone by a single cartoon – not even mine – that should never have run in the best newspaper of the world.
I’m afraid this is not just about cartoons, but about journalism and opinion in general. We are in a world where moralistic mobs gather on social media and rise like a storm, falling upon newsrooms in an overwhelming blow. This requires immediate counter-measures by publishers, leaving no room for ponderation or meaningful discussions. Twitter is a place for furor, not debate. The most outraged voices tend to define the conversation, and the angry crowd follows in.
Over the last years, with the Cartooning for Peace Foundation we established with French cartoonist Plantu and the late Kofi Annan – a great defender of cartoons – or on the board of the Association of American Editorial Cartoonists, I have consistently warned about the dangers of those sudden (and often organized) backlashes that carry everything in their path. If cartoons are a prime target it’s because of their nature and exposure: they are an encapsulated opinion, a visual shortcut with an unmatched capacity to touch the mind. That’s their strength, and their vulnerability. They might also be a revealor of something deeper. More than often, the real target, behind the cartoon, is the media that published it.

“Political cartoons were born with democracy.
And they are challenged when freedom is.“

In 1995, at twenty-something, I moved to New York with a crazy dream: I would convince the New York Times to have political cartoons. An art director told me: “We never had political cartoons and we will never have any.“ But I was stubborn. For years, I did illustrations for NYT Opinion and the Book Review, then I persuaded the Paris-based International Herald Tribune (a NYT-Washington Post joint venture) to hire an in-house editorial cartoonist. By 2013, when the NYT had fully incorporated the IHT, there I was: featured on the NYT website, on its social media and in its international print editions. In 2018, we started translating my cartoons on the NYT Chinese and Spanish websites. The U.S. paper edition remained the last frontier. Gone out the door, I had come back through the window. And proven that art director wrong: The New York Times did have in-house political cartoons. For a while in history, they dared.

Along with The Economist, featuring the excellent Kal, The New York Times was one of the last venues for international political cartooning – for a U.S. newspaper aiming to have a meaningful impact worldwide, it made sense. Cartoons can jump over borders. Who will show the emperor Erdogan that he has no clothes, when Turkish cartoonists can’t do it ? – one of them, our friend Musa Kart, is now in jail. Cartoonists from Venezuela, Nicaragua and Russia were forced into exile. Over the last years, some of the very best cartoonists in the U.S., like Nick Anderson and Rob Rogers, lost their positions because their publishers found their work too critical of Trump. Maybe we should start worrying. And pushing back. Political cartoons were born with democracy. And they are challenged when freedom is.

“The power of images
has never been so big.“

Curiously, I remain positive. This is the era of images. In a world of short attention span, their power has never been so big. Out there is a whole world of possibilities, not only in editorial cartooning, still or animated, but also in new fields like on-stage illustrated presentations and long-form comics reportage – of which I have been a proponent for the last 25 years. (I’m happy, by the way, to have opened the door for the genre at the NYT with the “Inside Death Row“ series in 2016. The following year, another series about Syrian refugees by Jake Halpern and Michael Sloan got the NYT a Pulitzer prize.) It’s also a time where the media need to renew themselves and reach out to new audiences. And stop being afraid of the angry mob. In the insane world we live in, the art of the visual commentary is needed more than ever. And so is humor.

Patrick Chappatte
June 10, 2019

Cartoon published on the front page of the NYT website on January 8, 2015, after the Charlie Hebdo attacks.
See an archive of Chappatte’s cartoons for the NYT here. His comics journalism series inside death row here.

Le New York Times scie la branche sur laquelle il a assis sa réputation

L’édition internationale du NYT ne comportera plus de dessins politiques. Cette annonce laconique du journal résume parfaitement l’époque que nous vivons.

Tout a commencé fin Avril, par la publication d’un dessin d’Antonio Antunes qui a soulevé une vive polémique: Netanyahou en chien portant une étoile juive au collier et tenu en laisse par Trump aveugle affublé d’une kippa. Sommes-nous face à un cartoon antisémite ou à une critique légitime de la politique des deux dirigeants. Quelle que soit la lecture que l’on puisse en faire, les réactions véhémentes émanant de la communauté juive américaine et aussi d’Israel ont eu raison de ce dessin. Le journal papier ayant déjà été mis en circulation, NYT l’a retiré de son site, le journal s’est fendu d’une excuse honteusement faiblarde, l’épouvantail de l’antisémitisme a été brandi, le Syndicat de cartoons qui collabore avec le journal depuis une vingtaine d’années a été “remercié” sans appel, l’auteur portugais du dessin a reçu une pluie d’injures et de menaces sur les réseaux sociaux et le journal s’est désolidarisé du dessinateur qu’il avait publié la veille dans ses pages d’opinion. Comble des combles, les cartoonistes Chappatte et Heng sont finalement congédiés à cause d’un dessin dont ils ne sont pas les auteurs!

NYT annonce qu’il ne publiera plus de dessins politiques. On peut donc tout écrire dans le style journalistique le plus cru mais on ne peut pas tout dessiner. Un dessin fait plus peur que des mots. Car des mots une fois lus peuvent être oubliés, on peut ne pas aller au bout d’un éditorial qui énerve, mais l’impact visuel instantanné d’un dessin est difficilement effaçable.

La caricature politique est née avec la presse, incarnation de la liberté d’expression, baromètre de la démocratie. Journalistes, rédacteurs en chef, éditeurs, dessinateurs sont tous garants et gardiens de la libre information, de la survie de l’enquête, de l’analyse et de la critique, du débat d’idées, de la libre opinion, du droit du public à être informé. Des avancées considérables ont permis à la presse de devenir l’oxygène de nos sociétés libres.

Ce qui vient de se passer à New York est une régression très inquiétante. D’autant plus inquiétante que ce journal prestigieux fondé en 1851et couronné de 122 Prix Pulitzer, a plus de trois millions et demi de lecteurs en ligne.

Le dessin de presse est irrévérencieux, provocateur, culotté, effronté par nature. C’est en tout cas ce que le lecteur attend de lui car il aime être bousculé dans ses certitudes et son relatif espace de confort. Il est quelque part l’électron libre de la presse, son enfant terrible. C’est le dessinateur qui délimite ses propres lignes rouges, selon sa capacité à s’exprimer, son sens des responsabilités et son courage. Mais pas seulement. La confiance et le soutien que lui assure son organe de presse est primordial.

Le cartooniste est un équilibriste qui ne peut pas travailler sans filet.

Mais l’apparition des réseaux sociaux a changé la donne. L’illusion de “démocratie directe” qu’ils offrent aux utilisateurs ressemble étrangement à une nouvelle forme de dictature, redoutable ennemie de la liberté d’expression et de la liberté tout court. Des lynchages virtuels ont lieu chaque jour sur les réseaux. Il n’est plus question d’une menace contre les cartoonistes mais contre la presse entière. Ces dernières années, des dessinateurs se sont vus licenciés de leur journal, jetés en prison, forcés à s’exiler et à demander l’asile politique, sans parler de mes amis de Charlie Hebdo assassinés. Un vent mauvais s’est abattu sur le dessin de presse et le journalisme. Les résultats sont bien visibles. Mais personne ne sait où et quand il s’arrêtera.

Le dessin en question, décryptage

NYT cartoon

Je soutiens et je défends la liberté d’expression d’Antonio. Les cartoonistes israéliens dont je suis, sont les premiers à critiquer Netanyahou et sa politique. Par contre aucun de nous ne l’a dessiné avec une étoile de David au cou ou ailleurs, étoile qui désigne tantôt “juif” et tantôt “israélien”, parfois les deux. Signe religieux ou symbole national dans le contexte du drapeau. Certes, Israel fut créé comme Etat Juif mais il est aussi le pays des israéliens musulmans, chrétiens, druzes et cherkazis. Quand on critique Israel il faut le faire avec intelligence et une certaine prudence car les caricatures antisémites du siècle dernier sont encore présentes dans les esprits. Elles ont fait des ravages, ont véhiculé des stéréotypes imaginaires, démoniaques et haineux. En temps de crise et d’instabilité elles refont toujours surface.

L’étoile de David au cou de “Bibi” et la kippa sur le crâne de Trump étaient-elles vraiment nécessaires à la compréhension du message? Pas vraiment, le dessin marche très bien sans elles. Trump est-il réellement un aveugle que Bibi mène par le bout du nez? Rien n’est moins sûr. Israel domine-t-elle le monde? C’est ce que Hitler disaient des juifs. L’étoile de David et la kippa font-elles de ce cartoon un dessin antisémite? Je ne pense pas, mais l’ambivalence du dessin le rend problématique.

Il peut avoir deux lectures contraires. On peut considérer d’une part, qu’il alimente l’obsession antisémite ancestrale et se fait l’écho, conscient ou non, des théories conspirationnistes anti-juives sorties en ligne droite des Protocoles des Sages de Sion. On peut par ailleurs considérer que l’étoile et la kippa sont une critique acerbe qu’Antonio adresse aux deux hommes d’état qu’il abhorre pour ce qu’ils incarnent et pour la politique qu’ils mènent au Moyen Orient.

Il ne faut pas oublier qu’un dessin de presse doit se lire d’emblée au second degré. Le dessinateur et le lecteur sont liés par une sorte de “contrat” tacite signé par un clin d’oeil complice. La clé d’accès au second degré est faite d’humour et d’intelligence.

Alors où est le problème? Il y a deux problèmes. Le premier est lié au contexte actuel qui voit une montée constante des actes antisémites partout dans le monde, et plus particulièrement en France et aux Etats Unis, parallèlement à la montée des droites nationalistes xénophobes décomplexées. Le second est lié à la panique de la grande presse face à ce climat délétère, à son angoisse existentielle profonde de se voir désertée par ses lecteurs abreuvés de tweets et de fake news. Il y a un siècle, un tel climat pouvait dégénérer en guerre. Aujourd’hui je propose un ordre de mobilisation générale des dessinateurs de presse.

Michel Kichka
Jérusalem, 12.06.2019
Cartoon

Le nucléaire iranien refait surface. Des tensions nouvelles sont à prévoir entre les USA et l’Iran et l’Europe. Bibi quant a lui ne s’empêchera pas d’utiliser la situation dans sa prochaine campagne électorale.
Comme sédatif je conseille « La Valse des Bombes Atomiques » de Boris Vian, matin, midi et soir.
USA Iran & Bibi
Dessin réalisé pour Regards

Trente ans après la répression brutale et sanglante de la révolte pacifique des étudiants chinois contre leur régime totalitaire, on ne sait toujours pas combien d’entre eux furent tués et écrasés par les tanks. Seule une photo devenue emblématique est parvenue à outre passer la muraille de Chine. Je m’en suis inspiré à deux reprises.
En 2010 quand Liu Xiaboa, philosophe et activiste chinois, était maintenu en prison dans son pays alors que le Prix Nobel de la Paix lui était attribué à Oslo.
Et la semaine dernière au moment où Bibi annonçait que des nouvelles élections se tiendraient en Septembre dans l’espoir d’échapper aux procès qui lui pendent au nez, et un mois seulement après que son nouveau gouvernement ait pris place sur les bancs de la Knesset.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liu_Xiaobo Tiananmen 1989Liu Xiaobo Peace Nobel 2010Bibi Démocratie

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