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Archive for the ‘Personnel’ Category

27 février 1974

Aujourd’hui, il y a exactement 43 ans, je faisais mon Alyah!

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Mr. Alain Mathot, bourgmestre de Seraing, ma ville natale, m’a élevé ce vendredi au rang de citoyen d’honneur. A la cérémonie, à part ma famille et des amis avec lesquels j’avais gardé de contact au long des années, j’ai retrouvé des amis d’enfance que je n’avais pas revu depuis 53 ans et 48 ans et qui m’avaient rejoint sur facebook.
Un lien, le discours que j’y ai tenu et quelques photos.

http://www.lameuse.be/1768537/article/2017-01-21/seraing-le-dessinateur-et-caricaturiste-michel-kichka-devient-citoyen-d-honneur

De ma plus tendre enfance à mon adolescence, Seraing était le monde et la rue Molinay le centre du monde.
Les hauts fourneaux, les cheminées, les maisons ouvrières aux briques rouges noircies de suie étaient le décor.
La Meuse était noire sous un ciel gris, parfois c’était le contraire.
Notre jardin long et étroit où poussaient deux cerisiers, de la rhubarbe et des groseilles, était l’Eden.
Les terrils étaient l’Everest. Le bois des Biens Communaux était ma jungle.
Le carrefour des rues Cockerill et Ferrer, le coin de la banuqe, était Times Square.
Le wallon dont j’aimais imiter l’accent était la bande son.
La glace d’Agnoli fraise citron et vanille chocolat était annoncée au son du cor, ma musique préférée en été. J’en ai développé un réflexe pavlovien, quand on sonne le cor je salive.
Le terminus du tram qui me conduisait à l’Athénée était la dernière station avant la ligne d’horizon.
C’est là que le wattman tournait la flèche de son tram pour redescendre vers le bas de la ville. Il profitait de l’occasion pour uriner derrière son tram. C’est ainsi que j’appris q’un tram avait un arrière et un avant.
Le magasin de mes parents, Lucia Habillerie, était le microcosme de la ville. Les maris fumaient leur cigarette pendant que leurs femmes allaient et venaient dans la cabine d’essayage, les jours de paye de Cockerill Ougrée ou du charbonnage Collard.
J’ai vu par deux fois Eddy Merckx remonter le Molinay en tête du peloton les jours de braderie, au cours desquelles j’ai serré deux fois la main du bourgmestre Guy Mattot qui venait poser pour la photo annuelle avec tous les commerçants. Photos qui paraissaient dans le journal Encore un où j’ai publié mes premières BD amateur. Il parait que mes oncles descendaient le Molinay à trois sur la même trotinette.
J’ai fait partie du club de gym la Sérésienne, j’y ai remporté un trophée: une lampe de mineur en porcelaine.
J’ai joué au handball club de Seraing.
Je suis né à la Clinique Merlot, suis allé en première primaire à l’Ecole Morchamps et ai étudié quatre ans à l’Athénée Royale de Seraing. Plutôt trois ans. Car la quatrième année j’ai passé mon diplôme de flipper au café du Terminus.
J’ai publié quelques dessins dans la feuille de l’école En Avant! Quelques anciens de l’école m’ont rejoint sur facebook et je suis parvenu à retrouver Daniel Everard, mon ancien prof de dessin aujourd’hui disparu.
Tous les mercredi matins, je courrais avant la classe chez Bellens pour acheter Pilote et lire les histoires de Gotlib, Astérix, Lucky Luke, Blueberry et le Grand Duduche de Cabu. Je suis allé écouter Léo Ferré au Centre Communal, non loin de la bibliothèque publique où j’étais abonné.
Deux fois par semaine j’allais à Liège, participer aux activités du mouvement de jeunesse juive socialiste, la Jeune Garde. C’est par le mouvement que j’ai découvert Israel où je vis depuis 43 ans. La jeunesse était bel et bien en mouvement.
Seraing dans l’entre-deux-guerres fut l’Eldorado de mes grands-parents maternels qui avaient fui l’antisémitisme et de la misère de la Pologne. Ils ont prospéré dans le Seraing d’avant l’Occupation, d’avant la Shoah. Dans leur grand magasin, le Finalux, se croisaient prolétariat et bourgeoisie. Ils ont échappé à la botte nazie en se réfugiant en Suisse et sont revenus à Seraing après la libération. Mes oncles et tante ont tous grandi ici, des enfants du pays d’origine juive polonaise. La famille de mon père qui vivait à Bruxelles n’a pas eu cette chance. Mon père est le seul à a voir survécu à l’enfer concentrationnaire.
Né en 1954 je suis un produit du baby boum, de la construction de l’Europe, de la prospérité de la Wallonie d’avant Mittal.
Et qui dit Wallonie dit aussi francophonie. Le français est aussi ma patrie, ma culture de base, avec une couleur locale faite de belgicismes que ma femme française a mis quelque temps à assimiler. Entre les loques et les serpillères, les maquées fraîches et les fromages blancs, les septantes et les soixante-dix, sans parler des nonantes, les chiques sûres et les bonbons acidulés, il nous a fallu quelques malentendus pour nous mettre au diapason. D’ailleurs même le logiciel sur lequel je tape ce texte m’a souligné maquée en rouge!
En février 1974 j’ai quitté ma ville natale pour Jérusalem. Pour toujours. Pour de bon comme on dit ici. Sans claquer la porte, pour suivre ma destinée, retrouver mes racines. J’ai gardé une grande tendresse et un attachement profond pour Seraing et la Belgique.

En Israel dans mon CV, j’ai écrit que je suis de Liège, un demi mensonge, pensant qu’il y avait plus de chances que les israéliens aient entendu parler de Standard Liège que du F.C.Seraing. Mais depuis les frères Dardenne les choses ont sûrement changé.
Le Seraing que j’ai connu était une ville rouge, socialiste, comme l’était l’Israel des années 70. Le pays a beaucoup changé. Moi pas.
Quand on me parle du conflit israélo-palestinien qui n’a pas encore trouvé d’issue, je pense au conflit wallon-flamand qui est grosso modo au même point mort depuis que j’ai quitté la Belgique.
Quand j’ai créé mon roman graphique « Deuxième Génération » j’ai revisité mes souvenirs, album de photos et Google à l’appui, laissant libre court à ma mémoire visuelle et à mon imagination. Je me suis remémoré tous les magasins de la rue Molinay, tous les visages, tous les noms: Rychter, Owiezka, Narcys, Kellens, etc. Nous habitions à côté de la boulangerie Kellens. J’adorais regarder travailler Christian entre le pétrin et les fourneaux, les gaufres et les cacafounias. Encore un mot qui a été souligné en rouge. Cigarette au bec, pas rasé, blanc de farine, il me donnait les chutes des gaufres au gros sucre. L’odeur du pain chaud est un parfum qu’on n’oublie jamais! Marie toujours souriante derrière son comptoir me filait des bonbons en cachette et n’a jamais révélé à ma mère qu’une partie de mon argent de poche passait chez elle en sucreries et autres gâteries. Il y avait aussi Jean, discret et souriant, plongé dans le Mahabarata en sanscrit dans le texte. Il avait son besoin d’Orient. Pour ma part, je me suis contenté du Moyen-Orient.

Etre accompagné à Seraing par une équipe de cinéma polonaise est très touchant. C’est une énorme boucle qui relie sur 90 ans la Pologne, la Belgique, Seraing, Israel, Jérusalem et Cracovie, avec mon père comme témoin vivant et présent, avec ma soeur Irène, avec ma famille, mes amis d’avant et d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, ici en ce lieu, pour cette cérémonie, avec vous tous autour de moi, je me sens en famille. Les amis sont les mêmes, la famille aussi bien que réduite, et le bourgmestre est toujours Mathot. Comme si rien n’avait changé. Comme si le temps s’était figé. Mais il ne faut pas s’y tromper. Tout a changé! Tout, sauf le passé. Et son écho dans notre présent.

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Vendredi soir s’est ouverte au Musée Tomi Ungerer à Strasbourg, l’exposition que lui offre la ville dans un emballage cadeau pour ses 85 ans. Quatre-vints cinq dessinateurs et dessinatrices ont créé une oeuvre en hommage au Grand Monsieur de l’Illustration, un des pionniers de l’illustration moderne, un des auteurs les plus lus, des plus influents et les plus traduits de la littérature enfantine, un électron libre qui a payé de 40 années de Liste Noire aux Etats Unis ses positions radicales contre la guerre du Vietnam qu’il exprimait alors dans des dessins politiques aussi violents que justes, un poète amer et tendre, un conteur intarissable et atypique, un homme attachant et hyper doué, un pacifiste acharné, un homme de la réconciliation franco-allemande, un alsacien bi-culturel et bilingue, un fervent de l’Europe, un homme du Monde. Tomi était présent à sa fête, vêtu de noir, chapeau noir et canne noire, sourire aussi large qu’ému, s’excusant presque d’être là alors que tant d’autres grands artistes et de grands Maîtres, ne sont pas gratifiés de cet honneur qui lui tombe dessus!
Pour moi, qui ai découvert son travail et en suis devenu un inconditionnel en 1974 alors que j’étudiais le graphisme à l’Académie Bezalel de Jérusalem, ce fut une énorme boucle que je bouclais. Un moment de bonheur indicible. Cette première rencontre a été pour moi un moment de pur bonheur et je suis reconnaissant aux organisateurs et aux deux commissaires de l’exposition, Thérèse Willer et François Vié, de m’avoir fait participer à cette fête, fête du dessin, fête de la ligne, du trait, de la couleur, de l’idée qui est une ampoule au-dessus de la tête, du crayon, de la plume et du pinceau, fête des mots et des jeux de mots.
Tomi dit de son Alsace natale: « l’Alsace est comme les toilettes. Toujours occupée! »

Voici la couverture du superbe catalogue, la double page avec mon dessin et une photo de Mattotti et moi autour de Tomi.
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Merveilleuse chanson de Yael Dekelbaum, chanteuse israélienne engagée et qui a participé à la Marche de l’Espoir de Femmes en octobre dernier.
Regardez, écoutez et partagez!
https://www.youtube.com/watch?v=YyFM-pWdqrY
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Bataclan

Paris, le 15 septembre 2016.
De la fenêtre du taxi, je me rends soudain compte que je suis devant le Bataclan.
Le coup au coeur que je ressens est tel que j’en suis sans souffle.
Instinctivement je sors mon iPhone.
Saisir un cliché pour être sûr que mes yeux ont bien vu.
Pour être sûr que je suis bien à l’endroit où la terreur aveugle s’est déchaînée il y a dix mois dans un bain de sang innommable.
Le taxi hybride dans lequel je suis feutré passe devant nonchalamment, sans faire de bruit.
Aujourd’hui je regarde cette photo pour  la première fois.
Je suis à Jérusalem.
Un doux soleil d’automne caresse ma ville.
Il y a quelques jours la première neige tombait sur Paris.
J’écoute en fond « Like a bird on a wire » de Léonard Cohen.
Sa voix mélancolique et grave est de circonstance.
Demain c’est celle de Sting qui résonnera comme un cri de vie au Bataclan.
bataclan

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Parmi les oraisons prononcées du haut du Mont Herzl à Jérusalem, toutes émouvantes et sincères, j’en retiens deux qui m’ont particulièrement touché.
D’abord les paroles aimantes de sa fille Tzvia qui distingue deux Peres, le public et le privé. C’est le papa Peres en pantoufles à la maison (quand il y était!) qu’elle a choisi de nous faire partager. Un Peres que seule sa famille connaissait, et elle l’a fait avec tendresse et humour, une tâche difficile dans une journée de deuil à la fois national et international.
Je retiens aussi les paroles d’Obama, un véritable discours historique, à quelques semaines de la fin de son second mandat, où il a donné profondeur et perspective à l’histoire du sionisme, d’Israel, de Peres et du conflit. Et ce en présence de Mahmoud Abbas, le seul président de tout le monde arabe à être venu à Jérusalem, capitale d’Israel, au prix de critiques virulentes. Les députés arabes de la Knesset ont boycotté la cérémonie. La présence d’Abbas est une façon de dire que même si les gouvernements se regardent en chien de fusil, même si le processus de paix bat interminablement de l’aile, même si Abbas et Netanyahou n’arriveront probablement pas à s’entendre de leur vivant, même si un des prophètes de la paix vient de disparaître, l’espoir de paix, lui, n’est pas mort.
Un ennemi d’Israel n’aurait pas honoré les funérailles de sa présence. Abbas est venu en partenaire.
La presse arabe publie des caricatures contre Abbas, l’une d’elles le montre en uniforme de Tsahal priant devant le Mur des Lamentations. Je ne suis pas encore parvenu à mettre la main dessus.
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AFP/Le Monde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chalom en hébreu c’est Bonjour mais aussi Adieu. La traduction de Chalom est Paix. Dire Chalom Shimon Peres, c’est lui rendre un double hommage, lui dire Adieu et le remercier d’avoir voué sa vie à la Paix, à la rêver, à l’imaginer, à la promouvoir et à essayer de la construire. Peres est le symbole de l’optimisme envers et contre tout, envers et contre tous. Ne jamais perdre espoir, ne jamais baisser les bras, ne jamais céder au défaitisme, ne jamais se contenter de ce qu’offre le temps présent, vivre en avance sur son temps, voir à long terme, penser aux générations à venir, à l’avenir en prenant le passé comme passé et le futur comme projet.
Il méritait de voir la paix de son vivant mais considérait qu’il avait quand même vu la paix avec l’Egypte et avec la Jordanie. La paix avec les Palestiniens étant encore à venir.
Il y a 13 ans, pour l’anniversaire de ses 80 ans, son cabinet m’avait commandé sa caricature entouré des personnalités qu’il affectionnait particulièrement. Dans la liste figuraient Théodore Herzl, David Ben Gourion, Berel Katznelson, Mochè Dayan, Mahatma Gandhi, Martin Luther King Jr, Léon Tolstoi, De Gaulle, Barbara Streisand et la Princesse Diana. Je le lui ai offert lors d’une grande fête en présence de Bill Clinton et de Mikhail Gorbatchev.
Quelques jours plus tard je recevais un mot de remerciement écrit de sa main.
peres-80

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