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Archive for the ‘Deuxième Génération’ Category

Un grand merci au journaliste Michel Bouffioux qui m’a envoyé le lien à son grand article paru dans Paris Match Belgique, pour marquer le 75 ans de la rafle des Juifs de Bruxelles, le 3 Septembre 1942.
http://data.over-blog-kiwi.com/1/45/89/83/20170907/ob_fd62a2_070-079pmb834-1989-bat.pdf
Papa Paris Match

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Le 3 Septembre 1942 la police allemande organisait la rafle de 718 juifs de Bruxelles, parmi lesquels, mon père Henri Kichka, ses parents et ses soeurs. Mon père sera le seul à revenir après sa libération de Buchenwald par l’armée américaine le 11 Avril 1945. Paris Match Belgique consacre 10 pages à cet événement qui sera commémoré dimanche.
Voyez le lien sur le site du journaliste Michel Bouffioux. Sur deux pages mon père y montre la seule photo de famille existante où tous les Kichka sont réunis, marchant souriant dans le centre ville de Bruxelles en 1938, deux ans avant l’Occupation Nazie.
http://www.michelbouffioux.be/2017/08/il-y-a-75-ans-la-grande-rafle-de-bruxelles.html
http://www.lesoir.be/111577/article/2017-08-30/rafle-de-1942-les-marolles-se-souviennent https://www.rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_bruxelles-commemorations-du-75e-anniversaire-de-la-rafle-des-marolles?id=9694720
https://www.rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_bruxelles-se-souviendra-dimanche-d-une-page-tragique-de-son-histoire?id=9697622

Henri Kichka

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Le 27 janvier dernier, la Municipalité de Bologne m’a invité à adresser un texte personnel à une assemblée spéciale composée d’élus locaux, de vétérans de la Seconde Guerre Mondiale, de simples citoyens et d’écoliers et de lycéens. J’ai livré mon texte en français traduit simultanément par une excellente interprète. Quatre jours auparavant l’exposition de mon roman graphique était inaugurée au Museo Ebraico di Bologna. Un grand moment d’émotion.
Voici mon texte.

Chers amis, chers tous,

En réalisant La Segunda Generazione, je voulais juste ouvrir une blessure familiale

qui faisait mal depuis très longtemps, la soigner puis la refermer d’une jolie

cicatrice en forme de bande dessinée. Je voulais le faire parce que j’en vais besoin,

besoin de mettre des mots et des images sur une vie qui était la mienne mais aussi

celle de tous les enfants des survivants. J’étais loin de m’imaginer que ce serait le

début d’une incroyable aventure au pays de la mémoire et de la résilience.

J’étais loin de m’imaginer que je serai aujourd’hui à la municipalité de Bologne et

au Musée Juif où mon livre serait exposé pour commémorer la journée mondiale de

la Shoah. Jeudi dernier j’étais au Mémorial de la Shoah de Paris où se tient une

grande exposition consacrée à la Shoah dans la bande dessinée. Plus les années

passent et plus cet art de narration figurative, longtemps considéré comme un

sous-genre de littérature populaire, devient un lieu privilégié du récit mémoriel.

Au moment où je vous parle, mon père qui aura 91 ans en Avril, est à Bruxelles, il

sait que je suis ici parmi vous, il est fier de l’honneur que vous me faites et heureux

que le plus fou de ses rêves dans les années noires de sa captivité dans les Camps

de la Mort, se soit réalisé: sortir vivant, fonder une famille et perpétrer le nom dont

il était le dernier porteur le 11 Avril 1945, jour de sa libération à Buchenwald. Ma

femme Olivia, nos trois fils David, Yonathan et Elie, nos belle-filles Iris et Edna et

nos trois petits-enfants, Emilie, Nina et Léonard qui sont en Israel et à Vancouver,

sont présents auprès de moi avec vous.

Commémorer c’est un peu arrêter le temps, se retourner sur le passé, mesurer ce

qui a été fait mais surtout ce qui reste à faire. C’est maintenir une flamme vive qui

ne doit pas s’éteindre. Il est beaucoup plus facile d’éteindre un feu que de l’allumer.

L’invention du feu a été avec celle de la roue, la plus révolutionnaire de l’histoire de

l’homme. Je porte une flamme en moi, elle guide mes pas dans ma vie d’homme, de

créateur et d’éducateur. C’est la flamme de la tolérance, de l’amour de l’homme et

de la paix. Des valeurs pour lesquelles ma femme m’a appris à me battre. Des

valeurs porteuses d’espoir et d’avenir.

Etre ici aujourd’hui n’est pas anodin. L’Italie a une place particulière dans ma

biographie. Je vais vous l’expliquer.

L’Italie est le pays par lequel mon beau-père, Joseph Alfandari, né à Salonique en

1923, a participé à la reconquête alliée de l’Europe nazie. Il a quitté Paris pour fuir

les arrestations de la Milice et de la Gestapo, afin de rejoindre l’unité grecque de

l’Armée Britannique en Afrique du Nord, a été arrêté par la police franquiste et jeté

en prison à Miranda d’où il est parvenu à s’évader pour traverser la Méditierrannée à

Gibraltar et s’engager dans la RFA comme photographe aérien. Il a photographié

l’Italie du ciel pour préparer le débarquement.

L’Italie est le point de départ de mon premier voyage en Israel. En été 1969, à l’âge

de 15 ans, je suis parti découvrir Israel et travailler dans un kibboutz avec le

mouvement de jeunesse juive socialiste Hachomer Hatzaïr, la Jeune Garde. Dans le

but de nous faire découvrir le pays à partir de la Méditerrannée, comme les

passagers de l’Exodus, nous avons pris le bateau à Venise.

L’Italie est pour moi « Si c’est un homme », le chef-d’oeuvre de Primo Levi écrit

immédiatement après la libération, qui m’a bouleversé et n’a connu le succès qu’il

méritait que quarante ans plus tard. Sans parler de son suicide, sa mort choisie au

summum de sa gloire.

L’Italie c’est aussi « La Vitta e bella » de Roberto Benigni, ce film touchant couronné

d’un oscar mérité. Il y traite la Shoah, le nazisme et le fascisme avec un humour

courageux et libérateur. Mon appartenance à la Deuxième Génération me l’a fait

particulièrement apprécier. Mon père n’a pas aimé. Trop de souffrance lui

empêchant de prendre le recul nécessaire. D’une manière générale les survivants

n’aiment pas les oeuvres de fiction qui parlent des camps. Ils préfèrent les

témoignages et les documentaires.

L’Italie c’est aussi les aventures de Max Fridman, « Rhapsodie hongroise  » et « La Porte

d’Orient », racontées et dessinées avec brio par la plume virtuose de mon ami

Vittorio Giardino, auteur de Bologne, mondialement acclamé. Il y fait revivre une

période de Histoire qui me parle parce qu’elle me touche de près. Elle devrait tous

nous toucher puisqu’elle parle de l’Europe d’hier, une période de l’histoire dont

nous vivons les conséquences aujourd’hui et dont nous aurions dû avoir tiré les

leçons. L’avons-nous fait?

L’Italie c’est aussi Rizzolli qui a mis ma petite histoire à la portée des lecteurs du

beau pays en forme de botte. Le lecteur italien peut accéder à ma petite histoire

personnelle qui s’inscrit dans la grande Histoire en racontant la vie d’une petite

famille juive parmi tant d’autres, après la guerre, après la solution presque finale,

avec mes petits cauchemars, avec la soupe qui était meilleure à la maison qu’à

Auschwitz, avec mon père qui seul avait le droit de roter à table car le régime des

camps lui avait donné des ulcères à l’estomac, avec mes résultats scolaires qui

devaient toujours être les meilleurs pour que mon père ait sa vengeance sur Hitler.

Et l’Italie est aussi pour moi Claudio Curcio, directeur du Comicon de Napoli où il

m’a invité à présenter mon livre en 2015, à quelques pas du Vésuve. Et là c’est moi

qui fut en éruption.

Plus de 25 ans après Maus, la bande dessinée prend le relai des témoignages des

survivants et des analyses des historiens et s’empare de ce thème si délicat et

presque sacré pour le mettre à la portée de tous, jeunes et moins jeunes, par le

biais de la fiction et de l’humour, vecteurs avérés de la pédagogie et de l’éducation.

Mon histoire n’a ni de héros ni de super-héros. A part mon père, victime de la

Shoah qui finalement devient héros en retrouvant la parole. Il a à son actif plus de

500 témoignages dans les écoles de Belgique et plus de 40 voyages à Auschwitz-

Birkenau avec des lycéens, mon père qui était sorti brisé des camps de la mort s’est

reconstruit par la parole. Ses témoignages sont devenus sa raison d’être.

Nous vivons une période tendue et instable où la terreur veut dicter les politiques,

où la facho-sphère envahit la toile, où le négationnisme et le révisionnisme

essayent de réécrire l’histoire, où des réseaux sociaux de propagande se déguisent

en sites d’information et où des idées nauséabondes du siècle dernier qu’on croyait

révolues refont surface. Il est plus que jamais crucial d’étudier, de connaître, de

reconnaître, de favoriser le savoir. Quand l’ignorance pousse comme de la mauvaise

herbe sur une terre arrosée de haine on ne récolte que de la violence.

Depuis dix ans je suis membre actif de Cartooning for Peace, une association

internationale fondée par mon ami Plantu, caricaturiste du journal Le Monde. Il a

une jolie phrase que j’aime bien reprendre: avec nos petits crayons nous essayons

de construire des ponts entre les peuples. Je compte parmi mes collègues des

dessinateurs du monde entier, de pays que je ne connais pas ou peu, des créateurs

de cultures et de croyances différentes. Dessiner et débattre avec eux m’enrichit

chaque jour un peu plus, m’ouvre sur le monde et sur l’Homme. Ils sont devenus de

vrais amis, pas juste sur facebook. Tous sont comme moi des combattants de la

paix et de la fraternité et ils sont européens, africains, américains, asiatiques,

chrétiens, juifs, musulmans ou agnostiques. Par delà nos différences, ce qui nous

rassemble et nous porte est notre croyance commune et indéfectible: tous, nous

croyons en l’homme et en la vie.

L’aventure de mon livre qui a commencé longtemps avant sa conception, ne s’est

pas arrêtée au moment de sa parution. Elle se prolonge dans le temps, d’année en

année, de traduction en traduction, de rencontre en rencontre. A première lecture

mon père a été choqué, ne comprenant pas pourquoi j’avais eu besoin d’étaler au

grand jour notre vie familiale. Au fil des années, depuis sa publication en Mars

2012, le livre a fait son chemin entre lui et moi et nous a rapproché. Quand j’étais

gosse à la maison, il ne nous parlait pas, à Khana, Irène, Charly et moi, pour nous

protéger. Et je ne lui posais pas de questions pour ne pas l’attrister, lui qui avait

tant souffert. Le non-dit était notre mode de communication. Le silence notre

protection. Une protection bien illusoire.

Le livre de mon père, « Une adolescence perdue dans la nuits des camps » paru en

2004 n’a pas véritablement ouvert une page nouvelle dans notre relationnel. Certes,

j’étais content pour lui qu’il l’ait écrit et content qu’il existe, car un livre est un objet

qui s’inscrit dans la durée, que l’on peut lire et relire, ouvrir et refermer, poser sur

une table, ranger dans une bibliothèque, offrir ou emprunter. Mais pour mon père

c’était devenu le seul sujet de conversation possible, il ne parlait plus que de ça et

n’écoutait que lui-même, répéter inlassablement son histoire, comme une litanie.

Nous l’écoutions mais il ne nous entendait pas. Mon livre l’a obligé à m’écouter, et à

travers moi mes frère et soeurs. A se rendre compte que son silence ne nous avait

pas protégé et qu’il n’était pas le seul à avoir souffert. Et Charly plus que les autres.

Aujourd’hui, quand il part témoigner dans les écoles et à Auschwitz-Birkenau, il

emmène avec lui son livre mais aussi le mien. Preuve que finalement il y a eu

transmission, qu’il a réussi son travail de mémoire. Il sait que l’oeuvre de sa vie

continuera le jour où il disparaitra. Que mon livre est la prolongation du sien. Que

le travail de la première génération est prolongé par celui de la seconde, qui est

prolongé par celui de la troisième, puis de la quatrième.

En cette journée mondiale de commémoration de la Shoah, c’est la conclusion la

plus belle que je puisse tirer.

Michel Kichka
segunda-generazione

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La scénographie de l’exposition de « Deuxième Génération » au Musée Juif de Bologne est basée sur un très beau concept qui respecte la structure du livre et utilise le gris et le jaune. Dans des vitrines éclairées sont exposés deux de mes autres livres ainsi que le livre de mon père. Sur deux grands murs sont reproduits face à face, d’une part, un dessin de la première page de ma BD et le dessin de la dernière page. Ce vis-à-vis illustre de façon magistrale le poids de la mémoire de la Shoah et du non-dit et la légèreté que j’ai ressentie en le transformant en une création libératrice.

Deux interviews, en italien, parus aujourd’hui.
http://www.flashgiovani.it/node/3238
http://www.radiocittadelcapo.it/archives/la-seconda-generazione-michel-kichka-shoah-presentazione-bologna-179176/
Quelques photos prises ce matin.

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La Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste se tient dans le monde le 27 janvier. Depuis que « Deuxième Génération » est paru, en 2012, je suis invité à participer à des expositions et à rencontrer le public, en Israel ou ailleurs. Moi qui pendant des années ne me suis pas défini comme fils de survivants de la Shoah, je ne peux plus me définir autrement aujourd’hui. Cela fait maintenant partie de mon ADN, de notre histoire familiale, de ma génération.
Cette année mes dessins sont exposés simultanément en Italie au Musée Juif de Bologne, en Allemagne au Musée d’Art de Gelsenkirchen et à Paris au Mémorial de la Shoah. Deux expositions en solo et une de groupe. Mon livre aura été pour moi le début d’une incroyable aventure, d’un voyage contre l’oubli, une périple aux fins fonds de la mémoire.
Une belle aventure qui est en quelque sorte la prolongation du travail de témoin que fait mon père dans les lycées et dans les Camps de la Mort depuis plus de vingt ans.
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Mr. Alain Mathot, bourgmestre de Seraing, ma ville natale, m’a élevé ce vendredi au rang de citoyen d’honneur. A la cérémonie, à part ma famille et des amis avec lesquels j’avais gardé de contact au long des années, j’ai retrouvé des amis d’enfance que je n’avais pas revu depuis 53 ans et 48 ans et qui m’avaient rejoint sur facebook.
Un lien, le discours que j’y ai tenu et quelques photos.

http://www.lameuse.be/1768537/article/2017-01-21/seraing-le-dessinateur-et-caricaturiste-michel-kichka-devient-citoyen-d-honneur

De ma plus tendre enfance à mon adolescence, Seraing était le monde et la rue Molinay le centre du monde.
Les hauts fourneaux, les cheminées, les maisons ouvrières aux briques rouges noircies de suie étaient le décor.
La Meuse était noire sous un ciel gris, parfois c’était le contraire.
Notre jardin long et étroit où poussaient deux cerisiers, de la rhubarbe et des groseilles, était l’Eden.
Les terrils étaient l’Everest. Le bois des Biens Communaux était ma jungle.
Le carrefour des rues Cockerill et Ferrer, le coin de la banuqe, était Times Square.
Le wallon dont j’aimais imiter l’accent était la bande son.
La glace d’Agnoli fraise citron et vanille chocolat était annoncée au son du cor, ma musique préférée en été. J’en ai développé un réflexe pavlovien, quand on sonne le cor je salive.
Le terminus du tram qui me conduisait à l’Athénée était la dernière station avant la ligne d’horizon.
C’est là que le wattman tournait la flèche de son tram pour redescendre vers le bas de la ville. Il profitait de l’occasion pour uriner derrière son tram. C’est ainsi que j’appris q’un tram avait un arrière et un avant.
Le magasin de mes parents, Lucia Habillerie, était le microcosme de la ville. Les maris fumaient leur cigarette pendant que leurs femmes allaient et venaient dans la cabine d’essayage, les jours de paye de Cockerill Ougrée ou du charbonnage Collard.
J’ai vu par deux fois Eddy Merckx remonter le Molinay en tête du peloton les jours de braderie, au cours desquelles j’ai serré deux fois la main du bourgmestre Guy Mattot qui venait poser pour la photo annuelle avec tous les commerçants. Photos qui paraissaient dans le journal Encore un où j’ai publié mes premières BD amateur. Il parait que mes oncles descendaient le Molinay à trois sur la même trotinette.
J’ai fait partie du club de gym la Sérésienne, j’y ai remporté un trophée: une lampe de mineur en porcelaine.
J’ai joué au handball club de Seraing.
Je suis né à la Clinique Merlot, suis allé en première primaire à l’Ecole Morchamps et ai étudié quatre ans à l’Athénée Royale de Seraing. Plutôt trois ans. Car la quatrième année j’ai passé mon diplôme de flipper au café du Terminus.
J’ai publié quelques dessins dans la feuille de l’école En Avant! Quelques anciens de l’école m’ont rejoint sur facebook et je suis parvenu à retrouver Daniel Everard, mon ancien prof de dessin aujourd’hui disparu.
Tous les mercredi matins, je courrais avant la classe chez Bellens pour acheter Pilote et lire les histoires de Gotlib, Astérix, Lucky Luke, Blueberry et le Grand Duduche de Cabu. Je suis allé écouter Léo Ferré au Centre Communal, non loin de la bibliothèque publique où j’étais abonné.
Deux fois par semaine j’allais à Liège, participer aux activités du mouvement de jeunesse juive socialiste, la Jeune Garde. C’est par le mouvement que j’ai découvert Israel où je vis depuis 43 ans. La jeunesse était bel et bien en mouvement.
Seraing dans l’entre-deux-guerres fut l’Eldorado de mes grands-parents maternels qui avaient fui l’antisémitisme et de la misère de la Pologne. Ils ont prospéré dans le Seraing d’avant l’Occupation, d’avant la Shoah. Dans leur grand magasin, le Finalux, se croisaient prolétariat et bourgeoisie. Ils ont échappé à la botte nazie en se réfugiant en Suisse et sont revenus à Seraing après la libération. Mes oncles et tante ont tous grandi ici, des enfants du pays d’origine juive polonaise. La famille de mon père qui vivait à Bruxelles n’a pas eu cette chance. Mon père est le seul à a voir survécu à l’enfer concentrationnaire.
Né en 1954 je suis un produit du baby boum, de la construction de l’Europe, de la prospérité de la Wallonie d’avant Mittal.
Et qui dit Wallonie dit aussi francophonie. Le français est aussi ma patrie, ma culture de base, avec une couleur locale faite de belgicismes que ma femme française a mis quelque temps à assimiler. Entre les loques et les serpillères, les maquées fraîches et les fromages blancs, les septantes et les soixante-dix, sans parler des nonantes, les chiques sûres et les bonbons acidulés, il nous a fallu quelques malentendus pour nous mettre au diapason. D’ailleurs même le logiciel sur lequel je tape ce texte m’a souligné maquée en rouge!
En février 1974 j’ai quitté ma ville natale pour Jérusalem. Pour toujours. Pour de bon comme on dit ici. Sans claquer la porte, pour suivre ma destinée, retrouver mes racines. J’ai gardé une grande tendresse et un attachement profond pour Seraing et la Belgique.

En Israel dans mon CV, j’ai écrit que je suis de Liège, un demi mensonge, pensant qu’il y avait plus de chances que les israéliens aient entendu parler de Standard Liège que du F.C.Seraing. Mais depuis les frères Dardenne les choses ont sûrement changé.
Le Seraing que j’ai connu était une ville rouge, socialiste, comme l’était l’Israel des années 70. Le pays a beaucoup changé. Moi pas.
Quand on me parle du conflit israélo-palestinien qui n’a pas encore trouvé d’issue, je pense au conflit wallon-flamand qui est grosso modo au même point mort depuis que j’ai quitté la Belgique.
Quand j’ai créé mon roman graphique « Deuxième Génération » j’ai revisité mes souvenirs, album de photos et Google à l’appui, laissant libre court à ma mémoire visuelle et à mon imagination. Je me suis remémoré tous les magasins de la rue Molinay, tous les visages, tous les noms: Rychter, Owiezka, Narcys, Kellens, etc. Nous habitions à côté de la boulangerie Kellens. J’adorais regarder travailler Christian entre le pétrin et les fourneaux, les gaufres et les cacafounias. Encore un mot qui a été souligné en rouge. Cigarette au bec, pas rasé, blanc de farine, il me donnait les chutes des gaufres au gros sucre. L’odeur du pain chaud est un parfum qu’on n’oublie jamais! Marie toujours souriante derrière son comptoir me filait des bonbons en cachette et n’a jamais révélé à ma mère qu’une partie de mon argent de poche passait chez elle en sucreries et autres gâteries. Il y avait aussi Jean, discret et souriant, plongé dans le Mahabarata en sanscrit dans le texte. Il avait son besoin d’Orient. Pour ma part, je me suis contenté du Moyen-Orient.

Etre accompagné à Seraing par une équipe de cinéma polonaise est très touchant. C’est une énorme boucle qui relie sur 90 ans la Pologne, la Belgique, Seraing, Israel, Jérusalem et Cracovie, avec mon père comme témoin vivant et présent, avec ma soeur Irène, avec ma famille, mes amis d’avant et d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, ici en ce lieu, pour cette cérémonie, avec vous tous autour de moi, je me sens en famille. Les amis sont les mêmes, la famille aussi bien que réduite, et le bourgmestre est toujours Mathot. Comme si rien n’avait changé. Comme si le temps s’était figé. Mais il ne faut pas s’y tromper. Tout a changé! Tout, sauf le passé. Et son écho dans notre présent.

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Je suis arrivé à Cracovie pour y présenter la traduction polonaise de mon roman graphique « Deuxième Génération » qui vient d’être publié par le Musée MOCAK. Le Musée est l’ancienne usine d’Oscar Schindler rendu célèbre par le film de Spielberg. La publication a été financée par une fondation allemande. Aujourd’hui et demain seront consacrés à des conférences, des ateliers et des présentations devant divers publics dont des étudiants en littérature de l’université Jagiellonian. C’est avec joie et émotion que je ferai ces rencontres. Je penserai à mon père qui fêtera bientôt ses 90 ans et qui a passé trois ans dans des camps de concentration et de travaux forcés allemands notamment sur le sol polonais.
Voici l’affiche réalisée par le musée.
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