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Jarape est médecin légiste en journée. Le soir il dessine pour se détendre. Ces deux activités lui procurent son équilibre. Son héroïne est une prostituée à qui les clients, issus de la droite comme de la gauche, viennent chaque jour se plaindre.

Bacteria a choisi son pseudonyme en espérant que ses dessins contamineront le gouvernement d’Uribe…pour le guérir.

Mheo est diplomé en Sciences Po. Ses cartoons, dessinés à l’arraché, sont relevés de commentaires féroces. Il dit que la Colombie vit refermée sur elle-même, les seuls à voyager étant les élites. Le jour des 20 ans de la chute du Mur de Berlin, il a dessiné un guerilla lisant le journal en s’exclamant: « Merde! Le Mur est tombé? »


Chócolo, derrière son large sourire et ses yeux pétillants, cache une profonde douleur. Il déconstruit le blason de son pays pour dénoncer le mensonge , dans un style incisif et graphiquement spontané.


Jairo, admirateur inconditionnel de Moebius et de David Levine, partage son activité professionnelle entre le cartoon, la caricature et la BD. Ses cartoons sont minimalistes, ses caricatures lyriques et ses BD fantastiques.

Bonil dit qu’il s’exprime en toute liberté et que les seules pressions dont il est victime sont les délais de son éditeur! Dans son pays si éloigné de la scène internationale et de la globalisation, les tensions sont d’ordre interne et touchent principalement à la politique et à la censure. Bonil a toujours espéré faire la révolution par ses dessins et son humour. Il déplore que le cartoon soit mal rétibué et ajoute: « Puisqu’on dit qu’un bon dessin vaut mieux que 1000 mots, alors pourquoi un article est-il mieux payé? »

Chavez a fait voter il y a quatre ans une loi interdisant de le dessiner. Chaque semaine Rayma trouve une nouvelle manière de contourner l’interdit. Elle dessine sa tête en forme de botte militaire sortant d’un uniforme. Dans la présente photo il est une camisole de force accrochée entre d’autres tee shirts. Elle dit qu’il ne faut surtout pas confondre le peuple et son dirigeant, le drame étant que Chavez se moque de son peuple. Il s’est rendu populaire car populiste tandis que son pays tombe en morceaux. Elle se compare à une chirurgienne qui doit chaque jour retirer ce qui est pourri dans la tête des gens et dans son pays. Elle dessinait pour trois quotidiens dont deux ont été fermés pour cause de « problèmes financiers », et son actuel journal est en difficulté. Elle considère que son rôle est de déranger et se compare à une artisane du cartoon, une cordonnière qui mettrait les clous à l’intérieur des chaussures pour que ça fasse mal quand on marche.

Vladdo, coeur vibrant de l’opposition de son pays, défenseur de la libre parole, est absolument incapable de ne pas dire ce qu’il pense. Admiré ou dédesté (selon), il est redouté par le pouvoir. Il a publié pendant 15 ans dans l’hebdo « La Semana » une pleine page titrée « Vladdomania » où sa plume d’éditorialiste et de dessinateur s’exprimait librement. Sous le titre, en gros caractères il écrivait: « Vladdo n’est pas responsable du contenu des pages éditoriales de ce journal ». Les élections sont proches en Colombie et Vladdo est un opposant d’Uribe qu’il qualifie de narcotrafiquant. Il est à peu près évident qu’il s’opposera aussi à tous les suivants. Il a été avec Plantu au coeur de la préparation du Forum pour la Liberté d’Opinion et de la Paix à Bogota, premier forum du genre dans toute l’Amérique Latine. Il revendique le droit de ne pas faire rire et fait remarquer que 90% de ses dessins ne sont pas drôles. Depuis la fermeture de son magazine, il auto-publie un hebdomadaire « Un Pasquin », qui signifie « Un torchon », où il se lache totalement. Il a choisi ce nom sachant que ce qualificatif serait à la bouche de tous ses détracteurs. Une manière originale d’annoncer la couleur et de se protéger. Il distribue Un Pasquin gratuitement dans les hauts lieux stratégiques de la ville et écrit en sous-titre : » Le seul journal qui ne paye pas ses collaborateurs ». Il résume son rôle d’éditorialiste en trois mots: « Dénoncer, denoncer, dénoncer ».

La Mort est omniprésente dans les cartoons colombiens et sud américains. Il y a d’une part une tradition iconographique catholique propre à l’Amérique Latine, où la Mort et l’Enfer ont une place centrale. Et il y a d’autre part la violence extrême de la société. Pour 2009 en Colombie on compte 16000  homicides (contre 32000 en 2002), statistique effrayante que se partagent les FARC, les Paramilitaires, les Bacrim (bandes criminelles), les Falsos Positivos, les narcotrafiquants et autres délinquants. Les cartoons regorgent de têtes de mort ou d’Anges de la Mort. L’Humour Noir règne en maître. Si ce détail m’a frappé c’est parce que dans le Judaïsme c’est totalement différent. La Mort n’est représentée que dans « Had Gadyia » de la Haggadah de Pessah, un des seuls textes illustrés. Quant à sa présence dans les cartoons israéliens, elle est très rare, tout comme l’humour noir. Sujet qu’il sera intéressant d’étudier un jour. A titre d’illustration j’ai sélectionné un cartoon des colombiens Vladdo, Betto, Matador, Bacteria, Mheo et de la vénézuélienne Rayma.

Le 15 février, lors d’une visite guidée du centre de Bogota, nous découvrons le bâtiment du Congrès auquel des hommes en snapling accrochent des fourmis géantes. Il s’agit d’une installation de l’artiste colombien Rafael Gómezbarros visant à faire réfléchir sur la question des personnes déplacées victimes de la globalisation. La Colombie en compte 4,5 millions, chiffre record pour tout le continent américain, de l’Alaska à la Patagonie. Ces personnes sont  réfugiées dans les grandes villes à l’intérieur de  leur propre pays. 1300 fourmis accrochées au Congrès symbolisent la situation de façon impressionnante. Cette information, je ne l’ai apprise que deux jours plus tard dans El Tiempo. Regardant de plus près l’installation en cours, j’ai remarqué que le corps des fourmis étaient faits de deux crânes humains en résine et les pattes en branches sèches. Je trouve la photo parue dans l’article très intéressante. Sur la façade du Congrès les fourmis. Devant le bâtiment, la foule curieuse. Sur la place, à l’avant-plan, des pigeons. La rencontre des trois pose une question, formule une équation. A résoudre.

Du John Le Carré à l’époque numérique? De la télé réalité style Big Brother ? Un épisode de « 24 heures »? Une bavure malecontreuse dans un  juste combat?

Les graffitis et les tags sont présents partout. Probablement un écho moderne de l’art des fresques murales traditionnelles sud-américaines. Trois ont retenu mon attention.
Papapop
Dans ce pays très catholique, un pape soutane soulevée à la Marilyn Monroe surprend. Ce ne sont pas que les jambes du Pape qui sont rafraîchies, c’est notre regard. C’est la rue entière.


Chè
Démystification du symbole Chè! Excellent jeu de mots compréhensible dans toutes les langues. Un copywriter est né sur les murs de Bogota.

Colombia-Israel
En Colombie on est assez peu informé sur le conflit au Moyen-Orient. Mais des étudiants d’extrême gauche on déjà leur mot à dire. Je ne suis pas parvenu à avoir une explication claire et cohérente du pourquoi de ce graffiti.

Miércoles de Cenzia (Mercredi des Cendres)
Célébré ici le premier mercredi 40 jours avant la Pâques, en souvenir des 40 jours où Jésus s’est isolé et a jeûné dans le désert pour combattre le Mal. Les catholiques pratiquants d’ici se marquent le front d’une croix de cendre pour marquer le début de ces 40 jours, tel Ricardo le garçon qui nous a servi au resto de l’Université del Rosario. Durant ces 40 jours ils ne consomment pas de viande rouge et doivent respecter l’abstinence sexuelle. Un mythe local, entretenu par les grands-mères, dit que ceux qui feraient l’amour resteraient collés, et que les enfants qui en naîtraient auraient une queue de cochon.

Esta salado
A la demande d’un des hôtes, Ricardo a apporté une salière. Quand l’hôte a tendu la main pour la prendre, Ricardo s’est rétracté avec un sourire embarassé, puis l’a déposée sur le rebord de la table. Passer une salière de main à main porte malheur. On dit de quelqu’un qui n’a pas de chance dans la vie: « Esta salado! » (il est salé!).


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