Il y a des profs qui marquent. Dany Evrard est l’un d’eux.
Je l’ai eu comme prof de dessin à l’Athénée Royale de Seraing entre 1968 et 1970, quand j’avais de 14 à 16 ans.
J’adorais le dessin et la BD, métier auquel je me destinais dès mon plus jeune âge. Dany m’avait repéré et une relation un peu privilégiée s’était installée entre nous. Chose assez rare dans ces années où la distance entre prof et élèves était très grande, beaucoup plus que de nos jours, en tout cas. Quand tous les élèves avaient quitté la classe, il lui arrivait de me retenir et de me montrer les crayonnés d’une BD western qu’il dessinait. J’étais très impressionné.
C’était l’époque où Sergio Leone cartonnait avec ses spaghetti-westerns que nous aimions tous les deux.
Un jour il m’offrit un portrait de moi qu’il fit en cachette pendant le cours et que j’ai conservé jusqu’à ce jour.
Puis j’ai changé d’école et de ville. J’ai continué mes classes à Liège où j’ai visité son exposition des peintures aux Chiroux.
Finalement je suis parti m’installer en Israel en 1974 et nous n’avons pas gardé le contact, mais le souvenir est resté vif.
J’ai fait des études de graphisme et suis devenu illustrateur, auteur de BD et caricaturiste politique.
En 1998 le Centre Laïc Juif de Bruxelles m’invitait à exposer mes dessins et j’ai cherché à recontacter Dany pour l’inviter au vernissage. Je pensais qu’il serait content de voir que le petit Kichka de Seraing était devenu pro. Après maints essais je suis finalement parvenu à la joindre au moment où je m’envolais pour Jérusalem.
On a commencé à correspondre par lettre. C’est ainsi qu’il m’appris, documents à l’appui, que ses parents avaient aidé une famille juive pendant la guerre, lui fournissant ravitaillement, faux papiers et une cachette. Cela m’a profondément touché.
En 2011, alors que j’étais en plien processus de création de mon roman graphique « Deuxième Génération- Ce que je n’ai pas dit à mon père » paru en 2012 chez Dargaud, je lui ai envoyé quelques pages et il m’a répondu par courrier: Bravo! J’attends la suite, mais dépêche-toi, je n’en ai plus pour longtemps! ».
Je ne l’ai pas pris au sérieux.
Nous avons gardé le contact épistolaire et téléphonique et j’ai fait la connaissance de Sacha par mail.
Alors que j’étais en pleine réalisation de mon ouvrage, Sacha me prévint un beau jour que Dany s’était éteint!
J’en était tellement affecté que je décidai d’ajouter à ma BD deux pages où je raconte notre relation. Une manière de lui rendre un dernier hommage.
Je suis content de l’avoir fait et regrette jusqu’aujourd’hui que Dany n’ait pas pu la découvrir achevée.
Le 21 Novembre son fils Sacha inaugure une exposition des dernières peintures de son père à Esneux, sa ville natale.






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Le hasard de ma flânerie sur le net m’a amené sur votre page. A la réflexion, le mot hasard est sans doute quelque peu excessif. En effet, si je n’ai pas l’honneur de vous connaître (je ne suis pas un liégeois « pur jus » même si je réside depuis toujours dans la province et je suis visiblement de 13 ans votre cadet), nous avons à l’évidence un point commun. J’ai également fort bien connu Dany Evrard et suis, je pense pouvoir le dire, très lié d’amitié avec son fils Sacha.
C’est donc avec une émotion certaine que j’ai parcouru le texte évoquant votre rencontre scolaire avec Dany. Sa disparition prématurée demeure en outre douloureuse.
Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai parcouru les deux pages que vous lui avez dédicacées à la fin de votre livre « Deuxième Génération » car… je suis l’heureux propriétaire du « fameux » tableau « le garçon au train » !
J’ai pensé que l’anecdote méritait bien la rédaction de ces quelques lignes.
Meilleurs sentiments,
Merci Pierre