A qui profite la libération au goutte à goutte des otages israéliens? Combien sont encore en vie? Les mises en scène orchestrées par le Hamas sont insupportables. A quoi sert la Croix Rouge? Jusqu’où ira Bibi pour maintenir sa misérable coalition en place? Combien de temps va-t-il encore meurtrir le coeur des otages, de leurs familles et de la grande majorité des israéliens?
Je remets en ligne la tribune que j’ai publiée sur ce blog le 10 janvier 2015 avec le dessin qui l’accompagnait.
Charlie Hebdo- Mourir debout Je ne parviens pas à m’empêcher d’essayer d’imaginer les dernières secondes de la vie des mes amis et collègues de Charlie Hebdo face au gang des barbares des Buttes Chaumont. A quoi ont-ils pensé, une kalachnikov braquée sur la tempe, dans les quelques secondes qui leur restaient. Pour me rassurer, j’imagine ceci: Cabu: C’est dur d’être assassiné par des cons! Wolinski: J’t’emmerde, enculé! Charb: J’aurai pas le temps d’en faire une couverture percutante. Dommage! Tignous: Vous êtes encore plus moches dans la réalité que dans mes dessins. Honoré: Des obscurantistes ça se dessine en noir et blanc. Je sais qu’ils n’ont jamais eu la main qui tremble en dessinant, ils savaient que des menaces pesaient mais ils n’avaient pas peur. Ils avaient conscience de leur rôle: du dessin de combat! Si tous les dessinateurs de presse sont des fantassins de la démocratie, Charlie Hebdo était aux avant-postes. Nous avons une dette incommensurable vis-à-vis d’eux. Ils sont partis en défendant jusqu’à leur denier souffle la liberté d’expression. Ils sont partis en héros! Le directeur de publication, Charb, avait décalré après l’incendie de leurs locaux en 2011: « Il y a plus de chance que le meure dans un accident que d’être assassiné par un islamiste ». Cette phrase n’arrête pas de résonner dans ma tête depuis l’attentat. Charlie Hebdo a toujours représenté à mes yeux la ligne rouge, cette fameuse ligne dont tout le monde parle sans pouvoir la définir, celle qu’il ne faut pas franchir. Eux, les dessinateurs éditorialistes de Charlie, l’ont définie pour nous en la franchissant chaque semaine, ils nous l’ont rendue visible et tangible. Et par là ils m’obligeaient à me poser la question de mes propres limites quand je prenais mon crayon. Ils allaient souvent trop loin mais ils avaient aussi souvent raison. Car si le dessin est un combat, il faut frapper fort. La société israélienne est terriblement choquée par ce qui s’est passé à Paris. Les israéliens prennent petit à petit la mesure de ce drame. Ce n’est pas simple pour eux de comprendre le choix de la cible des terroristes, un journal satirique, car nous n’en avons malheureusement pas en Israel. Aux yeux des français les attentats du 7 Janvier est symboliquement l’équivalent des attentats du 11 Septembre. Deux principes de base prévalent dans la république laïque de France: la liberté d’expression, un des principes majeurs inscrits dans la Charte des Droits de l’Homme et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. En Israel nous n’avons pas la même tradition historique et ces principes n’ont pas tout à fait le même poids. Le conflit israélo-palestinien qui a depuis longtemps débordé dans la rue en France, dans l’espace public, dans les amalgames portés par certains médias, a servi de prétexte au pire. Du moins c’est ce qu’on croyait. Mais le pire vient d’avoir lieu. Les français viennent peut-être de comprendre une bonne fois pour toutes, que c’est la France entière qui est visée. Quand quand les cibles n’étaient que juives, la chose était présentée comme actes antisémites au lieu de l’être comme actes terroristes. Pour ces terroristes intégristes, tous les « infidèles » sont bons à être assassinés. Ce serait faire le jeu de ces salauds que d’aller chercher dans les dessins de Charlie Hebdo lesquels auraient pu être particulièrement offensants. Exercer la liberté d’expression et de critique, de quelque manière que ce soit, c’est signer, à leurs yeux, un arrêt de mort.
Cette affaire pourra-t-elle faire changer les choses politiquement? Oui, à condition que les choses soient faites intelligemment. On est a un tournant. Par « On » je veux dire la France, l’Europe, le monde occidental dont nous faisons un peu partie. Cet attentat est un réveil brutal d’une léthargie voulue. Cet attentat va rester à jamais gravé dans mon conscient. Ainsi que le testament dessiné que Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré nous ont laissé. Et s’ils pouvaient nous parler de là où ils sont, ils nous diraient haut et fort: « N’ayez pas peur, continuez le combat, on ne regrette rien ».
Comme membre de Cartooning for Peace, comme dessinateur publiant dans des médias non satiriques, je vais devoir repousser un peu plus loin mes propres limites. Je suis conscient de la porté éducative de mon travail Mais leur travail avait lui aussi cette portée, à leur façon, avec des crayons plus gras et plus affutés, et sans gomme!
Ma collègue et amie Ann Telnaes, une des dessinatrices de presse les plus mordantes et les plus talentueuses que je connaisse, quitte son journal suite à un dessin censuré car critiquant Jeff Bezos, le nouveau propriétaire du journal où ses dessins et ses séquences animées sont très appréciés depuis 2008. Je joins un article à lire ainsi qu’un lien sur un texte où elle explique sa décision. Je n’ai rien à ajouter à ce qu’elle y dit, si ce n’est que je suis entièrement d’accord avec elle et que j’admire son courage exemplaire et son intégrité. Juste une question. Pourquoi les multi-milliardaires sont-ils quasiment tous des affreux réactionnaires? Parce que ça rime? Ou bien parce que l’argent ne fait leur bonheur que sur le compte du malheur des autres. https://www.nouvelobs.com/monde/20250105.OBS98642/la-dessinatrice-de-presse-ann-telnaes-quitte-le-washington-post-apres-le-rejet-d-une-caricature-sur-son-proprietaire-jeff-bezos.html
Voici mon texte et le dessin qui l’illustre. CHARLIE HEBDO, 10 ans après. Mercredi 7 janvier 2015 il neigeait sur Jéruslem. L’Académie Bezalel où j’enseigne sur le Mont Scopus était restée fermée. J’en ai profité pour mettre un peu d’ordre sur ma table de travail quand notre fils David m’a appelé de Tel Aviv. “Papa mets les infos sur la France, il se passe quelque chose à Charlie Hebdo!”. Les chaînes passaient en boucle une vidéo filmée d’un toit où deux silouhettes noires brandissant une kalachnikov hurlaient “On a vengé le Prophète!” en pleine rue de Paris. Impossible d’en savoir plus. J’ai appelé mon ami Plantu qui m’a dit qu’il y aurait des morts. J’ai immédiatement écrit à mon pote Tignous “Réponds-moi que tu es sain et sauf”. Mon mail est resté sans réponse. Je sentais que le monde avait une fois de plus basculé. Le 11 janvier la Place de la République, les rues de Paris et de France étaient noires de monde. “Je suis Charlie” était devenu un cri silencieux. Cet élan de solidarité de la part de français qui n’avaient majoritairement jamais lu Charlie m’a touché à ce moment-là. Ce n’est malheureusement pas l’assassinat des quatre clients juifs d’Hyper Cacher deux jours plus tard qui aurait suscité un tel élan. Pas en 2015. Et encore moins en 2025. Je suis Charlie plus que jamais. Chaque fois que je réalise un dessin, je le ressens comme une dette envers mes collègues Cabu, Wolinski, Honoré, Tignous et Charb et toute l’équipe du journal. Envers la liberté et la démocratie, la laïcité et le droit au blasphème.
Je n’ai pas le droit de baisser ma garde, de céder à la terreur, de me taire.