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Lettre ouverte d’Allah aux djihadistes

Je dois vous l’avouer, je dors très mal ces derniers temps. D’un sommeil sans cesse interrompu. A peine ai-je les yeux fermés que des hurlements « Allahu akbar » provenant d’en bas me réveillent, suivis de grands « Boum! ».
J’aime entendre « Allahu akbar », ça m’apaise et me rassure. Ce sont les détonations qui suivent qui me font sursauter. Et ça fait des années que ça dure. Ce manque de sommeil me rend nerveux, irritable et tendu. Les calmants n’ont aucun effet sur moi.
Je me suis branché sur mon nuage d’infos pour comprendre l’origine de ce remue-ménage. Je n’en crois pas mes yeux. Ni mes oreilles.
Vous- une horde de truands, de mafieux, d’assassins, de violeurs, de voleurs, de trafiquants, de dealers, de menteurs- agissez en mon nom! Le sang que vous faites gicler m’éclabousse en plein visage, me salit. La violence aveugle que vous déployez m’atteint en plein coeur. Mon coeur pleure et saigne à la fois. Vos « Allahu akbar » me donnent la nausée.
Vers qui puis-je me tourner? Il n’y a pas d’instance au-dessus de moi.
Il ne me reste qu’à vous crier, haut et fort: les infidèles, c’est vous!

Michel Kichka, Jérusalem, le 19 Novembre 2015

C’est une bonne nouvelle, il ne faut pas s’en cacher. Ce n’est jamais simple de se réjouir de la mort de quelqu’un. Mais il peut y avoir des exceptions et c’en est une. Par contre je n’ai pas du tout envie de le dessiner et vous m’en excuserez.

Daesh CfP

Mon ami Nicolas (Le Vif/L’Express, L’Echo) qui dessine tous les jours l’actualité brûlante a troqué son pinceau pour une plume. Bonne lecture!

Il se trouve que j’étais à Paris vendredi passé. L’Echo m’a demandé d’écrire un billet, en plus de mon dessin pour l’édition spéciale d’aujourd’hui.
Putain de vendredi 13
Un vendredi sur trois, en fin d’après-midi, je prends le Thalys pour Paris et je me rends aux studios de France 24 afin de participer vers 19 heures à l’émission « Une semaine dans le monde », qui décrypte l’actualité de la semaine écoulée. J’y présente les images de mes confrères dessinateurs de presse du monde entier et membres de l’association « Cartooning for Peace », créée par Plantu et Kofi Annan en 2006 après l’affaire des caricatures danoises. Je fais l’aller-retour dans la soirée et je rentre à Bruxelles avec le dernier train, celui de 21h55.
Cette semaine, j’ai notamment montré les dessins venus du Liban, relatifs aux attentats de Beyrouth survenus jeudi dernier.
Ce vendredi 13 novembre, rien n’allait correctement : les Thalys avaient tous du retard, en raison d’intempéries aux Pays-Bas. Une fois arrivé dans la capitale française, mon taxi a mis un temps fou à s’extraire du quartier de la gare du Nord. La ville était noire de monde.
Regardant les fenêtres éclairées des (petits) appartements du centre de la Ville lumière, souvent situés au-dessus de vitrines de magasins aussi chics que vastes avec de hauts plafonds accentuant le sentiment d’espace, je me faisais la réflexion que les Parisiens sont quand même fous : ils vivent dans des boîtes à chaussures mais dépensent leur argent dans d’immenses temples commerciaux.
Puis, observant les terrasses de cafés bondées malgré des frimas de l’automne, mon regard s’est arrêté sur deux jeunes femmes éclatant de rire après avoir échangé une plaisanterie avec le serveur venu leur apporter leur « demi » du vendredi soir. Il était 18 heures 30 et ces deux jeunes femmes démarraient leur week-end en se détendant après une semaine de stress, elles qui habitent peut-être dans l’une de ces boîtes à chaussures évoquées plus haut. « C’est ça qui est quand même génial à Paris, pensais-je en les regardant, cette culture de la terrasse de café, ça leur évite de devenir dingues, eux qui acceptent de payer 1000 euros par mois pour vivre dans 25 m2 ».
L’émission terminée, vers 20 heures, je papotais avec Zyad Liman, qui dirige Afrique Magazine, et qui me demandait comment ça allait en Belgique, onze mois après les attentats de Charlie. Je lui ai répondu un truc du genre « Oui oui, on commence à tourner la page ».
Et puis j’ai pris mon taxi en sens inverse, passant pas loin du quartier République que je connais bien, pour avoir habité dans ma jeunesse boulevard Voltaire. D’ailleurs, ma nièce de 24 ans habite elle aussi par là, à 100 mètres du Bataclan, une salle où elle a travaillé il y a quelques mois, dans le restaurant.
Certains vendredis quand je suis à Paris, je casse la croûte pendant une heure dans une brasserie située en face de la gare du Nord, avant de prendre mon train. Je retourne ainsi à Bruxelles le ventre plein et la tête un peu dans les étoiles, grâce à la demi-bouteille de Saint-Estèphe que je sirote en prenant mon repas. Et à 21h55, un peu pompette, je reprends mon Thalys. C’est ce que j’ai fait vendredi 13 novembre.
Quelques minutes avant le massacre.
Dans le train, je suivais sur mon smartphone la belle prestation des Diables Rouges contre l’Italie. J’adore le football, cette métaphore du monde.
Le Saint-Estèphe (et, je l’avoue, le petit calva qui avait suivi en guise de pousse-café) faisant leur effet, j’étais dans un demi-sommeil, bercé par le ronronnement du train, en gardant néanmoins toujours en tête qu’un taré allait peut-être surgir des toilettes avec une kalachnikov. Mais non, enfin ! Si un terroriste voulait faire un carton, il n’allait pas choisir le dernier train, toujours à moitié rempli. On se rassure comme on peut.
Pour passer le temps, je regardais des photos de mes enfants. C’est difficile, d’élever des enfants, surtout dans cette époque devenue folle, mais le jeu en vaut la chandelle. Quel bonheur d’être parent.
J’écoutais « Fast Forward », le dernier album de Joe Jackson, l’un des meilleurs de sa carrière, du niveau de « Blaze of Glory », pour les initiés, un disque sorti en 1989, alors que les kamikazes du Bataclan n’étaient même pas nés.
Et puis une alerte de l’Echo est apparue : « Carnage à Paris. Plusieurs morts. »
On connaît la suite.
J’espère que les deux jeunes femmes qui riaient en terrasse n’étaient pas fans de « Eagles of Death Metal », ou qu’elles n’ont pas poursuivi leur chemin vers la rue de Charonne après leur premier « demi » de 18 h 30.
Ma nièce est saine et sauve. Les Diables ont gagné, mais Marc Wilmots n’en avait cure, alors qu’il venait quand même de se payer l’Italie. Les Bleus de Didier Deschamps ont battu l’Allemagne, une sacrée performance. Mais ça aussi, tout le monde s’en cogne. Même la sextape de Valbuena est devenue dérisoire, c’est dire…
De mon côté, je sirotais mon calva à moins de quatre kilomètres du Bataclan. Et si les kamikazes avaient décidé de frapper le quartier gare du Nord plutôt que le Bataclan ? Et s’ils avaient agi une demi-heure plus tôt ? Et si ? Et si ? Comme le dit l’adage, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Depuis vendredi soir, elle est sous camisole.
Je suis rentré chez moi, j’ai embrassé mes enfants qui dormaient profondément. Ils sont encore plus beaux en vrai qu’en photo. La vie continue et je vais encore une fois dessiner sur les plaies de ce monde. Si Dieu me prête vie, moi qui suis pourtant athée.
Putain de vendredi 13.
https://www.facebook.com/24713646594/photos/a.444088551594.238788.24713646594/10153043038376595/?type=3&theater
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Interview par mon ami Tewfik Hakem sur France Culture trois jours après les attentats de Paris. C’est à la 15 ème minute mais ça vaut la peine de tout écouter.
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5110317
Tewfik

Un dessin intelligent et touchant qui parvient à traduire l’atmosphère des trois jours de deuil qui ont suivi les attentats du 13 Novembre.
PLANTU-PARIS-13-NOV-ATTENTATS-TERRORISME-151116-BD

Hollande déterre la hache de guerre contre Daech dans une allocution exceptionnelle devant Congrès réuni à Versailles.
France contre djihadisme

Je remets en ligne, et en bonne qualité cette fois, mon dessin des feuilles mortes, qui expriment ma douleur et mieux que les mots. Ma démarche est d’opposer à l’horreur de la terreur la beauté de l’art, espérant qu’on y trouve un peu de consolation.
Paris 13 Nov 2015

Une minute de silence solennelle et très émouvante a été respectée dans toute la France. Les dessinateurs de presse essayent de traduire l’indicible à l’aide de leurs crayons.
Voici un dessin de Plantu.
Plantu

Donald Trump a déclaré que le 13 Novembre ne se serait pas passé ainsi si les français étaient armés. Merci Mr. Trump, il ne fallait pas, c’est trop gentil! Madonna quant à elle a entonné La Vie en Rose de Piaf pour son public à Stockholm après une minute de silence. Tout ce que je peux souhaiter aux américains est d’élire Madonna!
Trump Madonna

La grande cloche de la Cathédrale Notre Dame, le bourdon Emmanuel, a retenti aujourd’hui à la mémoire des victimes des attentats du 13 Novembre. La dernière fois c’était après les attentats de Charlie Hebdo et d’Hyper Cacher. Une minute de silence sera respectée demain dans toutes les écoles de France.
Sonner le glas
Dessin réalisé en 2013 pour Hatier

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